C'EST QUOI LE DEMI-FOND ? - STAYER FR

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C'EST QUOI LE DEMI-FOND ?

 

Bonjour.

 

Si ce quid vous a plu, ou intéressé, ou pas, faites le savoir à l'auteur .... çà lui fera plaisir, çà ne vous coûtera qu'un peu d'huile de coude, et songez un peu au dégoût que l'on peut ressentir lorsque l'on a travaillé des années durant sur un sujet pour le voir " copié-collé" ou "pompé" sur un autre site ou un magazine, sans que la source en soit citée ...

 

Alors fendez-vous d'un message !

 

 


LA " BOULE " DU STAYER (trivialement appelée : "troisième couille du stayer")

  

LA " BOULE" DU STAYER

(trivialement appelée " troisième couille du stayer " )

  

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 dessin de Vincent Lasserre - salut, mon pote !

 

 L'immense Charles Lacquehay (un des plus grands stayers français de tous les temps, est-il besoin de le préciser ? n.d.l.r ) le déclarait dans une interview réalisée en 1941 par le journaliste Raymond Huttier : " ... c'est hélas la plaie du demi-fond, et il n'y a malheureusement pas de remède. La "boule" est provoquée surtout par la violente pression du corps dans les virages; les écorchures, si douloureuses, sont dues non plus tellement au frottement contre la selle, mais à l'action de la sueur plus ou moins acide, selon les individus. Le poids du coureur n'a rien à voir dans l'affaire : Metze (n.d.l.r : champion du monde allemand des stayers avant-guerre, huitième d'un Tour de France), qui était un homme" lourd ", ne " blessait " pour ainsi dire pas; Manera (n.d.l.r : un nom qui dira forcément quelque chose aux anciens : " les boyaux Manera"), léger comme une plume, était continuellement écorché.

Mais bien rares sont les stayers qui échappent à ce cruel "accident" et là, c'est le courage qui entre en ligne de compte. Le vrai champion est celui qui peut courir tout en étant blessé ..."

 

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collection Patrick Police

 

Lorsque j'avais  réalisé il y a huit années de cela l'interview de Guy Solente - qui fut l'un des meilleurs stayers français de l'après-guerre -, celui-ci n'hésitait pas à parler alors de véritable " troisième couille ", qui correspondait selon lui en fait à une induration consécutive à la pratique intensive du derrière motos sur des pistes dures et éprouvantes type " Buffalo" à Montrouge (dans la banlieue parisienne n.d.l.r) " : «  Buffalo … La piste était très longue, trop longue … le rouleau de l’entraineur flottait toujours avec les soubresauts causés par le revêtement … C’était affreux pour les coureurs … Sur une  piste qui ne rendait pas, sur les pistes en ciment, on gonflait d’ordinaire à sept ou huit kilos, alors qu’au Vél d’Hiv’ on gonflait à dix … Eh bien à Buffalo, on gonflait à cinq kilos, en enfonçant le doigt sur le boyau, on pouvait toucher la jante … Dans le cuissard,  je mettais une escalope de veau, que l’on cousait à l’intérieur du cuissard … Ma selle était recouverte par une peau  avec du caoutchouc … »

 

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collection Guy Solente

 

A priori, donc le phénomène est réel, et ne relève pas d'un fantasme ou de l'exagération issue de la mythologie propre au demi-fond. Les stayers retraités pourraient nous éclairer davantage sur ce sujet ... délicat et ... sensible, non ? 

 

Et à l'heure des selles et peaux de chamois en matières synthétiques, les stayers actuels sont - ils  encore victimes de ce syndrome ? Où ne s'agit t-il là finalement que de vestiges des temps ou le stayer portait en sautoir un citron, et en guise de fauteuil une escalope calée sur une blessure à vif entre peau et selle ...

 

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 Anciens et nouveaux stayers, c'est à vous de nous éclairer sur ce sujet (rubrique commentaire en dessous de l'article), dont le côté sensible ne vous aura pas échappé  !

 

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

 

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR

 

 

 

Patrick Police

le 2 Novembre 2014

 

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02/11/2014
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LE DEMI-FOND DANS LES LIVRES, EH OUI !!!

LE DEMI-FOND AILLEURS QUE SUR LES PISTES

 

 

 Dans mon ouvrage "LE DEMI-FOND, HISTOIRE D'UNE SPECIALITE DU CYCLISME " A PART", j'avais répertorié un bon nombre d'ouvrages que nous qualifierons de "classiques" ayant évoqué peu ou prou le demi-fond.

 

A la liste qui y figure au chapitre "LE DEMI-FOND AILLEURS QUE SUR LES PISTES", il conviendra désormais d'ajouter le livre d'Albert Simonin - maître ès littérature policière - " Le Hotu s'affranchit", paru  en septembre 1969.

 

 

Je vais vous le dire franchement, c'est loin d'être son meilleur, à mon humble avis.

 

L'action se passe dans les années vingt, et accumule les poncifs complaisants sur les traditions du milieu criminel.

 

Mais le long laïus consacré en page 98 à notre spécialité favorite  vaut à lui seul le détour.

 

Ce livre vient donc grossir la liste paru dans mon livre. Dont acte.

 


 

LES COPAINS - Jules Romains – 1913

FRANGINS – Robert Dieudonné - 1931

EDGAR MOUQUET - Sportif Professionnel – Jean Drault - 1936

LE GRAND FEU – Le Roman d’un Stayer – François Terbeen – 1942

1900 – Paul Morand – 1942

LA LITTERATURE A L’ESTOMAC – Julien Gracq - 1950

TOUCHEZ PAS AU GRISBI – Albert Simonin – 1953

PARIS EST UNE FETE – Ernest Hemingway – 1964

VAS-Y-BERU – San Antonio - 1965

TOTO GRASSIN - Claudine Amiel - 1969

LE HOTU S'AFFRANCHIT - Albert Simonin - 1969

LETTRINES 2 – Julien Gracq – 1974

LE ROI RENE – Louis Nucéra - 1976

MES ECOLES – Edouard Bled – 1977

TOUCHEZ PAS AUX SOUVENIRS – André Pousse – 1989

MAGIC CITY – René Lucot – 1989

LA DIABLESSE – Raymond Ruffin – 1989

C’EST COURT LA VIE – Paulette Dubost – 1992

LES MEMOIRES DE SOPHIE – Sophie Desmarets – 2002

LE DIABLE ROUGE – Françoise Vincent – 2005

 

Bien entendu, cette liste n'a pas prétention à l'exhaustivité - la preuve, je l'abonde moi-même au fur et à mesure  de mes "trouvailles".

 

Aussi,  à votre tour, n'hésitez surtout pas à nous faire part de vos rencontres littéraires en la matière.

 

A STAYER FR, nous sommes preneurs, inutile de vous le préciser !

 


Patrick Police, pour STAYER FR

Le 8 Octobre 2018

 


08/10/2018
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LE DEMI-FOND ET LE CINEMA

 

 

LE DEMI-FOND ET LE SEPTIEME ART

 

 

 

Il y a quelques années de cela, nous avions commencé une sorte de recensement des films auxquels le demi-fond a rendu visite.

 

A notre connaissance, notre discipline chérie a eu les honneurs de quatre  films.

 

 

1. LES RIVAUX DE LA PISTE (1932) - réalisé par Serge De Poligny 

 

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 photo collection Patrick Police

 

Ici, c'est l'histoire d'un stayer, que l'un des plus populaires acteurs de l'avant-guerre, Albert Préjean a certainement dû interpréter de façon tout à fait crédible, puisque l'artiste s'affichait volontiers à vélo, était l'ami des champions du temps (André Leducq ne manque  pas de le rappeler dans le fabuleux ouvrage "Une fleur au guidon"). Quelques années plus tard, il  reprendra du service à bicyclette, sur la route cette fois, pour  interpréter un leader du Tour de France tout à fait crédible, dans le film " Pour un maillot Jaune",  auprès de la belle Meg Lemonnier ...  

 

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collection Patrick Police

 

Dans "Les Rivaux de la Piste", le tournage des scènes de demi - fond a été réalisé sur le vélodrome de Forst, en Allemagne, au cours de l'année 1931 (photo ci-dessous), avec des "ténors" de l'époque, Gabriel Marcillac et Jean Brunier. 

 

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Jean Brunier ici devant Albert Préjean  - collection Patrick Police

 

 

Paulette Dubost, [qui vient récemment de nous quitter] si attachante "figure" du cinéma de l'avant et après-guerre, était l'une des protagonistes de ce film, qu' évoque brièvement à travers son livre de souvenirs.

 

 

 Nota : nous n'avons pas visionné ce film, dont un particulier a assuré la vente sur E Bay il y a quelques années de cela, en se servant de la présentation que nous avions réalisée sur notre site "Les Fondus du Demi-Fond", sans citer sa source, évidemment, en toute impudence ... c'est tellement facile de "piquer" le travail des autres avec un simple "copier-coller" ....  

Une présentation détaillée et illustrée du film  a été faite en 1932 dans plusieurs numéros du magazine Match L'Intran.

              
Littérature  Numériser0005 - Copie.jpgCinéma Paulette DUBOST - Copie.jpg

collection  Patrick Police

               

 

                           
 2. RECORD DU MONDE (1930) - 
réalisé par 
Robert Boudrioz, sur un scénario d' André Reuze (dont les nouvelles notamment hantaient les pages des Miroir des Sports d'avant- guerre ...)

 

  

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photo collection Michel Merewkovski

 

Ici,  c'est le beau Charles Pélissier, le " gandin " de  la célèbre fratrie, qui est la vedette de ce film et qui s'essaie au derrière moto, discipline qu'il fréquentera en fin de carrière, en  même temps que le Derny, qui lui vaudra sa dernière grande victoire en 1938 au Derby de Saint-Germain ... Il a été tourné sur l'autodrome de Linas-Montlhéry (pour en savoir davantage sur le sujet , je vous renvoie à la lecture du livre  "L'histoire du cyclisme sur l'autodrome de Linas-Montlhéry)

 

Mais " Charlot"  est en 1930 une vedette en devenir, seulement auréolé de la légende de ses grands frères et de ses titres de champion de France de cyclo-cross ... Il va prendre sa pleine dimension justement pendant l'été 1930, à l'occasion d'un Tour de France révolutionnaire, couru par équipes nationales.  

 

 Nota :  Que peut bien valoir ce film ?  ... Nous  serions heureux de  recueillir vos témoignages à ce sujet ...                       

 

Cinéma le film  RECORD DU MONDE  PELISSIER MONTLHERY - Copie.JPG
 collection Patrick Police

 

                                                 
3. FRIC FRAC (1939) - réalisé  par Maurice Lehmann et Claude Autant - Lara; avec Fernandel, Michel Simon et Arletty (excusez du  peu) ...

 

 

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collection  Patrick Police

 

Ce joyau du cinéma français d'avant guerre s'ouvre sur une  séquence de trois pleines minutes d'une course de stayers disputée au vélodrome Buffalo 
de Montrouge durant laquelle la grande Loulou (Arletty)
, demoiselle de petite vertu, et son copain Jo les bras coupés, interprété par Michel Simon, un truand minable, vont faire  la connaissance de Marcel, (Fernandel) employé modèle, et tenter de le dévoyer   ... Inutile de présenter ce film, il a été un énorme succès en son temps, et est  dans toutes les mémoires de ceux qui l'ont vu. Les autres n'ont plus  qu'à se ruer sur le Dvd,  ou dans les salles obscures ...

A noter qu'il est tiré d'une pièce  d' Edouard Bourdet créée en 1936 avec Michel Simon, Arletty et Victor Boucher. Elle a été notamment reprise en 1971 avec Jean Pierre Darras,    Jean Le Poulain et  Catherine Samie, qui s'en sortent pas mal ma foi ... 

 

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La course de demi - fond  disputée à Buffalo dans "FRIC - FRAC" - merci Jacques Seray

 

 A relever aussi que Fernandel et Michel Simon étaient "en  chien" lors du tournage. Difficile à imaginer quant on voit la magie de leurs jeux respectifs ... A la fin du tournage, nos deux vedettes ne se parlaient pas en dehors du dialogue, et même le succès du film ne les réconcilia pas.

 

Voilà qui ne peut que rajouter à l'aura de ce film, la  disparition  du vélodrome Buffalo constituant pour nous autres, les  amoureux  de la piste,  un facteur supplémentaire de nostalgie ...             
    

 

        

 4.  L'ARGENT DE POCHE  (1976) - réalisé  par François Truffaut ; avec Jean-François Stévenin notamment ...

 

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 Ce film, dont l'action se déroule à Thiers,  suit le parcours de gamins pré-adolescents et de deux instituteurs attachants, et apparaît, comme une prolongement inavoué des Quatre cents coups. Si vous aimez l'atmosphère des films de François Truffaut, vous y évoluerez en terrain de connaissance. 

Pour ce qui nous concerne, nous, les amateurs de demi-fond, le film est illuminé à sa fin par une belle séquence de course de stayers, en couleur s'il vous plaît !

Je n'ai pas réussi à en identifier les protagonistes, mais tout porte à croire qu'elle a été tournée sur le défunt vélodrome Darragon à  Vichy. Rien que pour ce passage, ce film, qui est sorti en Dvd récemment, vaut le déplacement.

 

 

Nota : il y a sûrement parmi les visiteurs de ce site des contemporains du tournage qui pourront nous en dire plus sur ce films, notamment mes amis d'Auvergne et du Bourbonnais, que j'invite à voir ce film sans tarder !

 

 

 

 

 

                                                         

Patrick POLICE - le 13 Mai 2015

N.B : le demi-fond et le cinéma fait l'objet d'un chapitre dans le livre :

LE DEMI-FOND " Histoire d'une spécialité du cyclisme "à part"

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13/05/2015
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LA VERITE SUR LE DERNY OU DERNY IS STILL ALIVE AND WELL

 

LE DERNY A UNE HISTOIRE

par Patrick Police

 

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Pour toute reproduction de tout ou partie de ce texte, il devra être mentionné la source en précisant le nom du site et en ajoutant le lien internet vers cet article. 

  

Un samedi de Décembre 1934, les flâneurs assistent médusés au curieux ballet d’un vieux monsieur à barbiche, tournant plein gaz autour de l’hippodrome de Longchamp, dépassant les groupes de cyclistes sur  un drôle d’engin, une sorte de bicyclette animée  par un moteur auxiliaire. 

 

Léon Derny  n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’en 1900, il avait déjà « bricolé » un engin d’entraînement motorisé pour le champion cycliste Lucien Lesna. Mais là, il a soigné l’évènement, en prévenant quelques temps auparavant la presse de la présentation future d’un engin motorisé, un engin « définitif », destiné à renvoyer - définitivement donc - les tandems d’entraînement au musée.  

 

 Léon Derny, ancien coureur cycliste et ex-champion motocycliste et automobile, sait qu'il vient d’inventer la formule d’entraînement cycliste  idéale.  Construit par les usines Dilecta au Blanc, dans l’Indre, le fonctionnel engin va séduire très vite une presse spécialisée qui, derechef, le porte aux nues, lui et son inventeur.

 

Le Dimanche 23 Juin 1935, après avoir été testé sur la piste de Saint-Denis par les coureurs Bertellin et Tonnelier, ce que l'on appelle déjà le "Derny" fait une première apparition officielle sur le  vélodrome de La Cipale à Vincennes, à l’occasion du quinzième  Grand Prix Cyclosport de vitesse. Le coureur indépendant Legros, conduit par un autre coureur indépendant, Gousset, obtient un véritable triomphe auprès des spectateurs qui ovationnent par la même occasion le génial inventeur, présent sur les lieux, vous vous en doutez.

 

 

Tout au long de la saison 1936, l’engin multiplie les apparitions sur les pistes parisiennes, au Buffalo de Montrouge, à Saint-Denis (première épreuve derrière derny, sur cinquante kilomètres), à La Cipale, au Parc des Princes.

 

Mais la direction du journal "L’Auto", qui détient l’indispensable clef d’accès à ce dernier et au « Vél’ d’Hiv’ », résiste à la pression d'une presse qui unanimement voudrait voir cet engin que l'on n'appelle plus déjà que  " Derny "  supplanter les motos d’entraînement, et surtout sur Bordeaux-Paris, qu’elle accuse de dénaturer l’épreuve.

 

Henri Desgrange et Jacques Goddet font la sourde oreille, pas plus convaincus que cela que l’heure des motos dites « commerciales » soit révolue  
  
   
Vélodrome de La Cipale : Léon Derny au centre  

Photo collection Roland Derny

 

Il faudra le cauchemar de l’édition 1937 d’un Bordeaux-Paris hallucinatoire pour convaincre ses organisateurs que c’est l’heure de la géniale invention de Léon Derny qui a sonné, avec la victoire chaotique du Belge Sommers.  

 

Le derny, qui a jusque-là faisait antichambre, s’impose à partir de ce moment comme une évidence. Mais ce merveilleux engin, s’il a pu jusqu’ici démontrer toutes ses qualités sur les pistes parisiennes, aura-t-il le « coffre » suffisant pour affronter les affres d’un Bordeaux-Paris ?

 

 

Prudent, « L’Auto » va faire multiplier les essais comparatifs durant l’hiver 1937, en présence de Charles Faroux, ingénieur expert en  matière mécanique, et du Docteur Ruffier, qui aura à charge de mesurer l’impact sur les organismes des deux modes d’entraînement.

 

Les champions Rossi, Louviot, Mithouard, Benoît-Faure, puis le Belge De Caluwé et le français Letourneur se succèdent, sur le circuit Versailles-Rambouillet-Dourdan et sur la route d’Ablis notamment, passant d’un engin à l’autre, sous l’œil dubitatif de la pléiade des entraineurs et des journalistes, et du staff de « L’Auto ».

   

Le 14 Mars 1938, le "Derny" est présenté à la presse au « Vél’ d’Hiv’ », et le lendemain, il fait son apparition en prélude des six-jours, à 21 h 15.  On peut penser, compte tenu de la multiplicité de ses apparitions, que le "Derny" a désormais partie gagnée.

 

En bien non. Car pour se convaincre de la réelle fiabilité de l’engin sur les grandes distances, il faut un test « grandeur nature ». Il sera organisé le samedi 30 Avril 1938, en forêt de Saint-Germain, à l’occasion de la seconde édition du Derby éponyme, sur le circuit du fameux Bol d’Or automobile.

 

 Au menu, deux-cent quatre-vingt-cinq kilomètres à accomplir, la distance exacte qu’auront à accomplir les coureurs du prochain Bordeaux-Paris derrière leurs entraîneurs motorisés, de Sainte-Maure à Paris.

 

Sur la ligne de départ, un vieux monsieur à barbiche s’affaire autour de ses chers engins : il joue là rien de moins que la crédibilité de son invention, des années d’efforts, et sa réputation.

 

 Charles Pélissier, dans le froid humide de la forêt de Saint-Germain et le sillage de son entraîneur Maronnier, va puiser au bout de son courage pour remporter l’épreuve organisée par le V.C Francis Pélissier et le quotidien « Ce Soir », et à 44,780 km/h de moyenne s'il vous plaît ! (sur un circuit comportant soixante-huit relances ! Chapeau bas, « Charlot » !).

 

Ce jour-là, le fameux 98 cm3 Zurcher qui anime le rustique engin a enfin remporté la partie :  la route de la légende lui est désormais toute tracée … 

 

 

Derby de St Germain 1938 : "Le Grand" Francis Pélissier félicite son frère Charles,

René Maronnier est sur le "derny"
photo collection Patrick Police

 

Au gré de Bordeaux-Paris mémorables, de Critérium des As ou de Roue d’Or homériques, Marcel Laurent, Emile Idée, Bernard Gauthier, Fausto Coppi, Rick Van Steenbergen, Hugo Koblet, Louison Bobet, Jacques Anquetil, Rudi Altig, Peter Post, Herman Van Springel, le grand Eddy Merckx vont conforter la légende de ce drôle de cyclomoteur.

 

 Et puis, en 1975 à l’issue d’un bien tristounet Derby  de la Route, le "Derny" tire sa révérence. Et on jure alors son heure passée à jamais. 

 

Mais d’irréductibles nostalgiques, d’abord, des générations de sportifs obstinés ensuite, ne vont pas laisser la flamme s’éteindre … Et de nos jours de plus en plus nombreux sont les  coureurs et entraîneurs à pousser jusque dans les Flandres, pour y acquérir la réplique (les fameux derny Simon) de cet attachant témoin du génie mécanique français, tandis que les organisations de rejetons du Critérium des As font florès en  Belgique et en France …

   

 Johan Van Summeren (pour l'entraîneur, à l'aide, s.v.p) 

photo Erik Van Herk  

 

Des histoires de derny, nous vous en avons déjà raconté , et nous vous en raconterons bien d’autres encore, notamment dans ces Bordeaux-Paris dont ce merveilleux engin a nourri l’épopée…

 

Mais gardons une petite pensée pour ce Monsieur à barbiche qui avait si bien compris la nécessité d’un engin d’entraînement idéal, et qui a vu son invention lui survivre,  et entrer dans la légende du sport cycliste.

 

 

photo Jean-Paul Juge


 

  

Derny is still alive and well !

 

 

Texte de Patrick POLICE, le 8 Mai  2013

Sources : documentation Rolland Derny et collection personnelle


08/05/2013
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