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LES PALMARES DU DEMI FOND


UNE DATE DANS L'HISTOIRE DU DEMI-FOND : CHAMPIONNAT DE FRANCE 1924 : ROBERT GRASSIN DEVIENT CHAMPION DE FRANCE DES STAYERS

CHAMPIONNAT DE FRANCE DE DEMI-FOND PROFESSIONNELS 1924

Paris Vélodrome du Parc des Princes (ciment 666,66 mètres) - 1er Juin 1924

 

 

 Dix-sept concurrents engagés.

La commission sportive a retenu 5 d’entre eux pour l’épreuve nationale : Sérès (champion de France 1923), Miquel (champion d’hiver 1924), Grassin, Ganay et Parisot.

Pour la première fois dans l’histoire du championnat des 100 kilomètres disputé sur une piste permanente (1891, à l’époque sans entraîneurs), le nombre d’engagés donne lieu à la mise en place d’un tour préliminaire dont 5 coureurs sont exempts. Les 12 autres stayers disputeront donc deux éliminatoires sur 50 kilomètres. Les deux premiers de chaque série seront qualifiés pour le championnat ainsi que le plus vite des troisièmes.

ELIMINATOIRES (Vendredi 30 mai 1924 16h 00)

1ère série 

1-01 Ernest Catudal  entr.: …Naso                    50 km en 40'53"2/5

2-05 Paul Guignard   entr.: Henri Demenou           à 650 mètres

3-02 Marcel Hino      entr.:  Georges Passerieu     à 6 tours

4-03 Maurice Pellet  entr.:  Maurice Jubi              à 7 tours

N.C. 04 …Bertaud     entr.: Hans Engeli               Abandon 38 km

N.P. André Chardon  entr.: Auguste Fossier          Forfait

 

La course : Chardon ne part pas, son entraîneur lui ayant fait défaut au dernier moment. Catudal part en tête, Guignard ferme la marche. Hino tente de revenir sur le premier et s’épuise dans une lutte prématurée avec Pellet qui s’adjuge la seconde place, tandis que Guignard active le train. A la mi-course, Hino et Bertaud sont doublés. Peu après, Guignard passe 2ème et n’a plus que 250 mètres de retard sur le leader, Catudal. Au 38ème kilomètre, Bertaud  qui a quatre tours de retard abandonne.

La moto de l'entraîneur de Hino ne marche que par à-coups. Belle fin de course de Guignard que Catudal ne peut doubler.

 * Temps de passage: Catudal: 10 km en 08'45"2/5; 20 km en 16'39"3/5; 30 km en 24'37"4/5; 40 km en 32'48"4/5.

 

2ème série

1-01 Daniel Lavalade entr.: Henri Colonna                    50 km en 41'15"4/5

2-03 Fernand Larrue  entr.: Aloïs Stiplochek           à   30 mètres

3-04 Henri Bréau       entr.: Georges Passerieu   à 350 mètres

4-02 Lucien Duclair   entr.: …Delaye                      à 1 tour  333 mètres

NC-05 Eugène Bruni   entr.: Léon Lauthier            Abandon 12 km

NP-   Georges Paillard entr.: ??                                 Forfait

 La course : Lavalade s’élance le premier, suivi de près par Duclair auquel Larrue prend au dixième tour la deuxième place. Bruni, parti le dernier, décolle au 12ème kilomètre et renonce. Une très belle lutte oppose pour la première place Lavalade et Larrue. Le débutant Bréau suit à 50 mètres puis se rapproche des deux leaders et tente vainement de passer Larrue qui le fait "voyager" et décoller. Lavalade augmente son avance mais Larrue revient sans réussir à passer cependant. Duclair devenu dernier du lot marche mieux vers la mi-course. Il refait une partie de son retard mais bientôt il décolle et se fait doubler.Bréau au style souple et aisé, fait excellente impression et se défend bien mais décolle légèrement par instants.

 * Temps de passage : Lavalade: 10 km en 08'37"3/5; 20 km en 16'43"3/5, 30 km en 24'50"3/5 ; 40 km en 33'05"2/5 

Bréau, meilleur des temps des troisièmes est qualifié pour le championnat. Marcel Hino, transfuge de la Société des Courses dont il est le dernier champion national du demi-fond (La fédération dissidente, fondée par Pierre Benoist qui oeuvrait sur les vélodromes de Paris-Vaugirard et de Dijon a cessé ses activités un an plus tôt), n’est pas parvenu à se qualifier.

 NOTA : Les temps sur 50 kilomètres n’ont pas été retranscrits dans la presse consultée. En tenant compte de la moyenne horaire calculée selon le temps du premier et l’écart de distance, les temps des deux troisièmes (déterminant le 10ème qualifié) peuvent  être estimés comme suit :

Bréau (moyenne 72.195 km à la distance 49,650 km)  les 50 km en 41'33"

Hino   (moyenne 67.498 km à la distance 46,000 km)  les 50 km en 44'27" 

La liste des entraineurs pour la finale est donnée dans l’édition de l’AUTO du dimanche, mais non pour les séries. Nous les avons identifiés à partir des séances d’entraînement des derniers jours relatées dans la rubrique "Echos des pistes" du quotidien avec les réserves habituelles.

 

 

CHAMPIONNAT DE FRANCE DE DEMI-FOND PROFESSIONNELS 1924

 

EPREUVE NATIONALE (Dimanche 1er  juin 1924)

Bien que le matériel et les tenues des entraîneurs aient été contrôlés le samedi de 14h30 à 17h00, par MM Ulpat, commissaire et Desmarest, directeur du vélodrome, une longue vérification des motos, y compris celle de réserve a été effectuée avant le départ qui, de ce fait n’a été donné qu’à 14h 20. Sur la ligne de départ, les concurrents sont postés en  file indienne et les entraîneurs lancés viennent les "cueillir" au passage.

1-05 Robert Grassin  entr.: Arthur Pasquier  100 km en 1h 21'29"4/5

2-04 Gustave Ganay  entr.: C.  André                   à 300 mètres

3-01 Georges Sérès   entr.: Henri Saugé                à  1 tour  100 mètres

4-03 Ernest Catudal  entr.: …Naso                        à  7 tours

5-06 Henri Bréau       entr.: Georges Passerieu      à 13 tours

6-07 Daniel Lavalade entr.: Henri Colonna            à 14 tours

7-02 Paul Guignard    entr.  Henri Demenou          à 15 tours

NC-08 Jules Miquel   entr.:  Etienne Amerigo        Abandon 90 km

NC-09 Léon Parisot   entr.: … Caudriller                Abandon 90 km

NC-10 Fernand Larrue entr.: Aloïs Stiplochek        Abandon 40 km

 

La course: Dès le départ, Sérès, très habilement cueilli par Saugé, prend 100 mètres d’avance. Derrière lui, les autres concurrents gardent quelques instants leurs positions du départ, puis au troisième tour, Catudal est passé par Ganay, Grassin et Miquel. Ces trois hommes dépassent ensuite Guignard. Au 13ème tour, Larrue, Bréau et Lavalade sont doublés par Sérès puis par ses trois suivants. Aux 10 kilomètres, atteints en 08'31"2/5, Grassin force l’allure et dépasse Ganay, s’octroyant ainsi la deuxième place du cortège. Au 20ème tour, Miquel crève et perd 2 tours. Au 21ème tour, Lavalade décolle. Au 30ème tour, Grassin veut doubler Larrue mais se heurte à une résistance désespérée du Bordelais et doit renoncer au passage. Aux 20 kilomètres couverts en 16'35"1/5, les positions sont déjà très précises. Sérès mène vaillamment; Grassin est à 200 mètres, Ganay à 300 mètres, Parisot à 350 mètres, Catudal à 500 mètres. Les autres sont doublés. Au 29ème tour, Miquel est doublé une troisième fois. Grassin  renouvelle son attaque contre Larrue mais ce dernier le fait encore "voyager " pendant plus d’un kilomètre. Grassin pousse alors à fond et oblige Larrue à décoller mais l’effort qu’il vient de produire est de nature à compromettre ses chances, même si Ganay est encore assez loin. Le public conspue Larrue qui décolle de nouveau. Sérès atteint les 30 kilomètres en 24'28". Miquel ne paraît pas à son affaire et décolle encore au 56ème tour. Un tour plus loin, Parisot est doublé pour la première fois. Sérès couvre 37,060 kilomètres dans la demi-heure et passe le cap des 40 kilomètres en 32'24"2/5.

A cette distance, Larrue descend de machine et se retire. Catudal se défend bien et n’est doublé par les trois premiers du classement que peu avant les 50 kilomètres atteints en 40'22". Juste à la mi-course, Sérès, sur le point de prendre un septième tour à Miquel se voit opposer une résistance inattendue du champion d’hiver et doit ralentir considérablement. Grassin profite de l’incident pour se rapprocher. Sérès continue de faiblir, et Grassin le poussant sur Miquel, une lutte frontale à trois s’engage dans le virage. Sérès décolle dans la ligne droite et Grassin qui a fait tout l’extérieur aux balustrades passe devant.

C’est à présent le duel attendu entre Grassin et Ganay qui s’annonce.

Le Marseillais est à 20 mètres du nouveau leader dont les efforts ont été si violents que Ganay doit pouvoir passer. Mais l’attaque ne se produit pas et les 60 kilomètres sont parcourus en 48'34"1/5 sur les mêmes positions. Toujours aucun changement avant les 70 kilomètres (56'44"1/5), sinon que Sérès perd à présent continuellement du terrain. Il est maintenant à 500 mètres. Parmi les autres concurrents derrière les trois premiers plus aucun n’est encore dans le jeu, Parisot, le meilleur des doublés est à trois tours. Après l’heure de course (73,990 kilomètres), Ganay lance enfin l’assaut et pousse Grassin sur Sérès. Les trois adversaires sont séparés de moins de 10 mètres les uns des autres. Au 118ème tour, Ganay profitant de ce que Pasquier vire un peu haut tente de s’infiltrer à la corde mais il ne passe pas. Au 125ème tour Ganay relance l’attaque mais fait une embardée en accélérant, ce qui le fait décoller juste au moment d’atteindre le leader. Pendant ce temps, Sérès continue de résister à Grassin et n’est toujours pas doublé. Les 80 kilomètres sont couverts en 1h 04'53"2/5. Ganay  a concédé un minimum de distance et revient à quelques mètres de Grassin ayant lui-même Sérès juste devant lui. Au 132ème tour, Grassin, toujours talonné par Ganay attaque Sérès et lui prend enfin un tour, sans résistance. Ganay double lui aussi sans difficulté le tenant du titre, mais aussitôt après l’écart se creuse brusquement entre le leader et lui. A présent les résistances que continuent à lui opposer Parisot et Catudal ne peuvent rien contre Grassin qui parait désormais devoir gagner. Grassin franchit le cap des 90 kilomètres en 1h 13'21". Miquel et Parisot ont quitté la course. Ganay perd toujours du terrain, Lavalade le faisant "voyager " sans utilité avant de décoller. Plus que 10 tours à couvrir, 8 ; 6 ; 4 tours. La cloche retentit et Grassin passe la ligne une dernière fois. Les applaudissements de tous les spectateurs saluent sa victoire.

                                        


Grassin a gagné en grand champion et ajoute son nom au prestigieux palmarès du championnat de France. Si l’on pouvait craindre le handicap d’une blessure à l’épaule consécutive à sa chute récente de Zurich, il a surmonté une position longtemps défavorable, placé ente Sérès qui s’annonçait redoutable à dépasser et Ganay qui le poursuivit durant 50 kilomètres. Une fois en tête, Grassin interdit à deux reprises le passage à Ganay pour terminer très frais, sans effort apparent.

Georges Sérès fut brillant pendant la première demi-heure, conduisant la course d’une allure aisée et démontrant une merveilleuse défense jusqu’à ce qu’une lutte de quelques instants avec Miquel le laisse sans force pour s’opposer à l’assaut de ses deux jeunes rivaux.

Le Marseillais Ganay fit une course admirable mais attendit peut-être trop longtemps pour porter ses attaques contre Grassin.

A remarquer que les trois premiers essuyèrent à plusieurs reprises une rude défense de coureurs doublés plusieurs fois, tels Larrue et Miquel. De ce point de vue, il serait pertinent d’interdire à ceux-ci de faire "voyager" les leaders sous peine de disqualification.

A l’échelon inférieur, Catudal défendit ses chances en étant régulier, de même qu’Henri Bréau lequel, pour ses débuts derrière le rouleau fit excellente impression. Lavalade fit de son mieux et termina, de même que Guignard, le doyen. Miquel creva trois fois et ne donna pas l’impression de tenir la forme qui lui valut le titre de champion d’hiver. 

Si le championnat fut quelque peu éclipsé par les nombreuses concurrences sportives du dimanche et notamment le tournoi Olympique de football, une foule énorme n’en remplissait pas moins les différentes enceintes du Parc des Princes.

 


Sources et bases documentaires : Le quotidien l’AUTO (Internet GALLICA-BNF) et les hebdomadaires MIROIR DES SPORTS et LA PEDALE (fonds personnels des contributeurs) -contribution antérieure de Patrick Police -


Le petit pouce « J’aime » en bas à droite est un des indicateurs qui me permettent de faire croire à mon fournisseur d’accès

que ce site est suivi et important (on peut rêver non ?)

 

A utiliser donc sans modération

 

Etude réalisée par François Bonnin (contribution à la marge de Patrick Police) pour le site STAYER FR

 

Toute reproduction – partielle ou non – de ce travail

devra faire l’objet d’une demande spécifique auprès de STAYER FR

 

Nota : vous pouvez retrouver les palmarès du demi-fond

dans le livre "Le demi-fond, Histoire d'une spécialité du cyclisme " ... à part"" 

disponible aux Editions de Phénicie  http://www.leseditionsdephenicie.fr/fr  ou directement via le site !

 


03/03/2019
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MONDIAL 1938 : IL FAUT EN FINIR AVEC LE DEMI-FOND !

« IL FAUT EN FINIR AVEC LE DEMI-FOND »

 

 

Pour décrire l'atmosphère qui plombe  cet automne 1938, si l'on voulait pasticher  Jacques Brel, on pourrait se risquer à chantonner ... « ...  Ça sent ...  la   guerre ..., de Londres à Berlin … » L’ambiance est étouffante, lourde de menaces. L’appétit du Troisième Reich est devenu insatiable, et on commence à trembler vilain dans les ambassades en faisant mine de découvrir - mais un peu tard - la véritable nature du régime nazi que l’on trouvait jusqu’ici si fascinant et si propice au bon fonctionnement des affaires …

 

Pesante, l’ambiance l’est également pour ce qui concerne le championnat du monde de demi-fond à venir, mais là,  c'est pour pour d’autres raisons, quoique ...

 

Si l’atmosphère est si délétère à l'aube de ce championnat du Monde 1938 qui doit se dérouler au vélodrome olympique d'Amsterdam, c’est parce qu’elle est fille d’un lent mais sûr processus de dégradation, que l’on peut commencer à dater - disons pour faire bon poids - des dernières splendeurs du grand Victor Linart. Car depuis la fin des années vingt, la course au titre mondial semble devenue le théâtre louche de  manœuvres fleurant la combinaison d’alcôve, d’alliances qui, de sournoises, sont devenues impudentes, de règlements de compte piteux et dérisoires, niés bien entendu une fois la course finie sur le mode omerta. Les combinards plastronnent, les victimes se taisent : « Si tu veux des contrats dans les courses à venir, motus ! ... Et puis, on ne crache pas dans la soupe ! (air connu et qui a fait de l’usage depuis )»

 

 

En 1928 déjà, une collusion en course des stayers germaniques était apparue en pleine lumière, pour empêcher la victoire du Français Bréau. Volé comme au coin d’un bois « La Grenouille » aura tort de dénoncer  le procédé à la presse : envolés dès lors comme par magie les juteux contrats sur les pistes allemandes !

Deux années plus tard, les aficionados vont apprendre à connaître Paul Krewer, le stayer « porc-épic » indépassable, rugueux, tout à fait apte à rafler d’une jambe les mondiaux de la décennie s’il ne s’était attaché exclusivement au pourrissement de la course de ses adversaires durant cette période. Son compatriote Moeller profite de ses services au détriment d’un Georges Paillard qui, dans l’édition  de 1932 à Rome,  aura entretemps retenu la leçon, et retrouvé la clef propre à décrocher un second titre mondial sans trop trembler.  

 Rome - championnat du Monde 1932 - Georges Paillard tout sourire

 

 

En 1934, finale rime à nouveau avec scandale. Cela se passe à Leipzig, sur fond de croix gammées, des saluts nazis enjoués du Président de l’U.C.I. d’alors, le Français Louis Breton, et de  nervis à brassard grimés en service d’ordre bon enfant. Dans cette saine ambiance, c’est le Français Charles Lacquehay qui cette fois joue le rôle de bizuth, offert en holocauste à l’indispensable « Monsieur-basses-œuvres-Krewer", et à son compact compatriote, le taurin Erich Metze. Comme si ce n’était pas suffisant, l’Espagnol Prieto s’est attaché la course durant à verrouiller la combinaison. « La Longue carabine », pourtant d’ordinaire si placide,  se retire, outré, avant le terme de cette sinistre farce en déclarant « Rien à faire : ils sont trois en commande contre moi ! ». Quand à Georges Paillard, le champion de France est sorti dès les qualifications, au terme d'une course au déroulement bien déconcertant ... 

 

Erich Metze (à gauche) et Paul Krewer dit "Le Porc-Epic" (à droite)

Eté 1934 au vélodrome Buffalo de Montrouge

 

En se démettant de façon aussi ostentatoire et en réalisant une prestation aussi piteuse, Lacquehay et Paillard ne peuvent pas imaginer une seconde qu’ils viennent de déclencher la minuterie d'une véritable une bombe à retardement, qui explosera quelques trois semaine plus tard …

 

Le 16 Septembre, le quotidien « L’Intransigeant », sous la plume impitoyable de Jean Antoine, sort l’artillerie lourde, et dénonce l’atmosphère empoisonnée du « Milieu » dans un article intitulé "Crevons l'abcès du demi-fond". Quatre jours plus tard, le même enfonce le clou : le Mondial 1929 remporté à Zürich par Paillard ? Acheté pour la somme de 25 000 francs. Son second titre, celui de 1932 ? Les tarifs ont augmenté : 30 000 francs de plus ! Pendant qu’on y est, son récent titre de champion de France : tarifé aussi !!! En passant, on égratigne l’édition 1930 remportée par le classieux champion germanique Moeller, apparemment dans tous les bons coups. Et ce ne seront pas les explications oiseuses de Toto Grassin, troisième de cette course derrière … Paillard qui dissiperont le malaise. Quant à Charles Lacquehay, on l'accuse de collusion avec "le Lion", et de faire en compères la pluie et le beau temps sur le demi-fond français.

 

Avec jusque ce qu’il faut d’hypocrisie indignée, Henri Desgrange y va à son tour de sa plume vacharde quatre jours plus tard dans « L’Auto » en signant un de ses éditos acides dont il avait le secret. L’hebdomadaire « Match » embraie, la presse généraliste aussi … En cet automne 1934 il pleut des pierres sur le demi-fond … L’orage finira bien par passer, mais le malaise lui, persistera. Et l’abcès n’en finira plus d'enfler.

 

Comme pour faire litière de cette réputation délétère, l’édition 1935 apparemment au-dessus des soupçons, verra la victoire-vengeance d'un Charles Lacquehay inexorable, présentant à ses bourreaux la note de l’édition précédente. En attachant son compatriote Auguste Wambst à la perte exclusive du jeune Walter Lohmann, il fera exploser la coalition germanique, et finira le travail en épuisant littéralement son rival Metze, pour qui le vélodrome du Heysel aura ce jour-là des allures de bagne infernal.

Charles Lacquehay, rageur derrière son entraîneur Besson, atomise Lohmann.

La vengeance est un plat ...

 

 

Mais même si cette édition bruxelloise a délivré un indiscutable vainqueur, il n’en reste pas moins que le vélodrome du Heysel aura  été le théâtre d’une combinaison à ciel ouvert. Une de plus.

 

L’édition 1936 verra la victoire indiscutable du fuoriclasse André Raynaud. Le générique du film a changé, mais la bande-son est restée la même : une coalition pour vaincre, avec un voire deux comparses pour boucler l'affaire. Ce jour-là le grand champion français récoltera les fruits du travail de sape exécuté avec conscience par un Lacquehay rancunier en diable, acharné à la perte du duo Metze-Lohmann, et secondé pour ce faire par le champion belge Georges Ronsse. La course aura donc mis en lumière une fois de plus un jeu d’équipe des plus visibles, en même temps qu’un futur prétendant au titre, l’Italien Severgnini, drivé par le vénérable Arthur Pasquier. Le stayer transalpin a tapé dans la rétine de tous les observateurs, éblouis par son abattage. Ces derniers le verraient tout à fait dans le costume d'un champion du Monde. Mais il est seul. Trop seul.  

 

Le championnat du Monde de demi-fond n’est plus, à l’évidence, la course individuelle que les règlements internationaux lui imposent.

 

La presse, généraliste ou spécialisée est lasse de constater (et il n’est pas niable qu’elle a « fait le job », de plus avec un courage certain) l’inexorable dérive de la discipline et de tirer chaque année la sonnette d’alarme. Elle va désormais jusqu'à réclamer à chaque course au titre mondial la suppression pure et simple du demi-fond du programme des championnats du Monde.

 

André Raynaud, qui a perdu la vie quelques mois auparavant sur les lattes du vélodrome d’Anvers, n’est plus là l’année suivante pour brouiller l'indécent tir de barrage germanique destiné à empêcher la victoire d’Ernest Terreau. A l’occasion de cette édition, les masquent tombent : le tournoi mondial de demi-fond est bien devenu une sorte de foire aux contrats agrémenté d’un bizuthage sportif. Au cours de cette course sulfureuse, l’entente manifeste du trio Lohmann-Shoen-Wals a dépassé les bornes de la décence (cf. lien plus bas)

 

Les journalistes dénoncent une nouvelle fois cette édition tout à fait scandaleuse. Pourtant, aucune mesure décisive ne sera prise pour interdire ces fameuses coalitions en course. On n’ignore pourtant plus que la délégation allemande vient ce jour-là sur les pistes en quelque sorte « en service commandé » du régime, l’ancien champion Sawall campant sur la pelouse  en surveillance de ses compatriotes pour  veiller à l’exact respect des consignes supérieures.

 

Jean Leulliot est de ces journalistes sportifs honnêtes et lucides qui savent pertinemment que l’édition 1938 a toutes les chances d’être la petite sœur - en plus laide et en plus vile si c’est possible - des précédentes.

 

Ses prévisions les plus pessimistes vont être dépassées : loin de corriger ses  pratiques suite au scandale de l’édition 1937, le team allemand va utiliser exactement les mêmes ficelles, tout aussi voyantes, et ceci sans aucune vergogne.

 

Ce Jeudi 1er Septembre 1938, au vélodrome olympique d’Amsterdam, ce sera un véritable western qui se déroulera. Un western avec ses méchants, ses affreux, sa victime.

 

Mais à la fin du film, pas de happy end, je préfère vous le dire tout de suite ...

 

LA SUITE A VENIR SUR STAYER FR


Sources : L'Auto; Le Miroir des Sports; Match; Le Petit Parisien; L'Humanité;  L'Intransigeant; "Toto Grassin" de Claudine Amiel.

 

Patrick Police, pour STAYER FR

 

CLIQUEZ POUR RETROUVER L'EDITION 1937

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20/12/2018
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LE DERNIER TITRE DE CHAMPION DU MONDE DE GUILLERMO TIMONER

Il a été un des plus grands stayers de tous les temps.

 

En relatant son dernier titre de champion du Monde - avec lequel il pose une marque qui ne sera plus jamais égalée (six titres de champion du Monde) - titre arc-en-ciel qui marqua en même temps la fin d'une époque pour le demi-fond, François Bonnin et STAYER FR vous proposent de revivre cette édition qui fut celle également de la dernière participation du champion français Robert Varnajo à la course au titre mondial.

 

Vos commentaires, complément d'information (notamment sur le déroulement de la course) et réactions à cet article seront bienvenus.

 

 

CLIQUEZ ICI POUR REVIVRE LE CHAMPIONNAT DU MONDE DES STAYERS 1965, DERNIER TITRE MONDIAL DE GUILLERMO TIMONER


07/06/2018
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L'HISTOIRE DU PREMIER CHAMPIONNAT DU MONDE DE DEMI-FOND DE L'HISTOIRE. SUJET DE L'INCROYABLE FRANCOIS BONNIN

Ne me demandez pas comment il fait : je l'ignore moi-même au moment où j'écris ces lignes.

 

François Bonnin - car c'est de lui qu'il s'agit -  vient cette fois de nous livrer  un sujet hors-norme : 

l'évocation du premier championnat du monde de demi-fond jamais organisé.

 

Jusqu'à ce jour, François Bonnin était l'Alexandre Dumas du demi-fond.

Pour preuve (et dans le tas) ses travaux pharaoniques sur les championnats de France,

le championnat d'Europe 1953 ...

 

Il aurait pu s'en contenter, et en rester là ...

 

Mais avec cette histoire du premier championnat du Monde de demi-fond, là, ce n'est plus à Alexandre Dumas qu'il faut en appeler, mais à Attila ...

Car après son passage, l'histoire cycliste ne repousse plus. Circulez, il n'y a plus rien à apprendre ... 

 

Je met au défi quiconque de trouver quelque chose à rajouter à cette narration qui va bien au delà de la pauvre évocation jeanpeaulolivieresque ou de ces vains et  laborieux - autant que pédants - compte-rendus "historiques"  dont de mesquins blogmestres, crispés sur leur pauvre savoir, inondent la toile ...

 

Bientôt, très bientôt donc, je vous laisserai profiter de votre chance en mettant en ligne ce sujet exceptionnel.

 

Et songez que les meilleures choses ont toujours ici-bas une fin ...

 

 

 

Et comme STAYER FR est le contraire de ces sites internet crispés sur eux-mêmes qui refusent  de collaborer à des projets qui dépasseraient leur égoïsme, (chacun sa petite tambouille, surtout ne pas partager)  en cadeau-bonus, vous aurez droit à l'un des premiers travaux mis en ligne sur "Les Fondus du Demi-Fond", qui agrémentera le magnifique (je vais être en panne de superlatif) travail de l'ami François Bonnin.

 

LE PREMIER CHAMPIONNAT DU MONDE - ETUDE DE FRANCOIS BONNIN

PORTRAIT DE LAURENS SMITS MEINTJES - LE PREMIER POUR L'ETERNITE


11/05/2018
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SUITE DE L'HOMMAGE A LOUIS DARRAGON A TRAVERS L'EVOCATION DE SON DERNIER TITRE DE CHAMPION DE FRANCE

 

 

Il y a cent ans, plus exactement le Dimanche 28 Avril 1918, disparaissait l'un des plus grands stayers de tous les temps, Louis Darragon, triple champion de France et double champion du Monde, et qui ne dut qu'à Georges Parent, de ne pas pouvoir ajouter six titres supplémentaires à ce fabuleux palmarès.

Leurs duels absolument homériques lors des championnats de France et du Monde 1909,  comme  une passation de pouvoir entre ces deux géants de la spécialité,  ont marqué à jamais la légende du demi-fond.

 

Sur STAYER FR PALMARES, vous revivrez ce qui fut son dernier titre de champion de France, prolongement finalement de ses duels avec son "meilleur ennemi" l'autre monstre de la spécialité le Francilien Georges Parent, qui - curieux signe du destin - décèdera l'année de la disparition de son terrible rival,

 

Louis Darragon se tuera au Vélodrome d'Hiver de Paris, tombant en tombant lourdement sur la tête, suite à un bris de pédale, quelques mètres seulement avant la ligne d'arrivée, et devant la loge où était assise sa femme, spectatrice aux côtés de l'épouse de Georges Sérès ce jour-là.

Transporté aussitôt à son domicile - situé en face du vélodrome - il expire des suites d'une douvble fracture du crâne.

 

Ancien sprinteur de seconde zone, il trouve sa voie dans le demi-fond, en déboulonnant de son trône le jusqu'ici imbattable américain Bobbie Walthour.

Champion de France en 1906 1907 et 1911, il remporte le titre mondial à deux reprises en 1906 et 1907.

 

Ce triste anniversaire était  pour STAYER FR l'occasion de saluer sa mémoire.

 A travers la narration de ce qui fut son dernier titre officiel, c'est ici un moyen de prolonger cette action.

 

Nota : des éléments du matériel du glorieux champion (casque, pédale ...)  - on peut parler à ce sujet de véritables reliques -

seraient encore conservés à la Mairie de Vichy. 

 

Patrick Police pour STAYER FR

 

 

CLIQUEZ ICI POUR REVIVRE LE CHAMPIONNAT DE FRANCE 1911


10/05/2018
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