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SUITE A LA MISE EN LIGNE SUR FB : HOMMAGE A GUY SOLENTE, REMISE EN LIGNE DE SON INTERVIEW POUR LES FONDUS DU DEMI-FOND

 

 

A bâtons rompus ... entretien avec  Guy SOLENTE

 

SOLENTE DOCT M BLETEL    Dim 4 Déc 1955  Chpt Hiver de DF_crop_crop.jpg
   

 

 

« Je suis né le 20 Juillet 1921 à Paris XIVème, et j’ai grandi à Arcueil, dans la banlieue sud de Paris .. »

 

« J’avais trois – quatre bons copains … on s’amusait quelquefois à traverser la Bièvre (qui n’était pas toujours très nette à l’époque), au moyen de câbles attachés aux arbres de la berge …. ça ne marchait pas toujours …

Des fois  on partait des rues d’Arcueil faire du vélo comme çà, en courant derrière les autobus qui allaient vers Fresnes ….

Comme Henri Lemoine, j’ai pratiqué la gymnastique, au Gymnase de Cachan, et ce,  dès l’adolescence … J’étais un bel athlète, grand pour les canons de l’époque (1m76) … ».

 

«  Je me mets au vélo sur le tard, et rapidement je fais mes preuves …  J’avais appris que le V.C.A.C. (Vélo-Club Arcueil-Cachan), organisait une course de classement (course avec les membres du club uniquement).  Ils en organisaient trois par an … Sur la ligne de départ, Camille Foucaux, dirigeant du V.C.A.C.   et ancien champion de France cyclo-pédestre,  déclare en direction des participants :  « Celui qui gagnera la course de classement aura un vélo ! » … Et cette course,  je la gagne … C’est comme cela que j’ai pu avoir un vélo de course. Sinon, jamais je n’aurais jamais fait coureur … Je n’avais pas les moyens … ».

 

«  Après la course,  Camille Foucaux  vient me voir et me dit « Tu vas bien, petit … » … Moi et mon vélo tout pourri (je n’avais pas encore touché le vélo neuf promis) on s’aligne sur ma deuxième course … Mon copain, à la vue de mon vélo, me passe une paire de roues … ».

 

« A la suite,  je gagne, avenue Carnot à Cachan, le prix Vauffrey… Le dimanche d’après, pareil … La première année, sous les couleurs rouge du V.C.A.C, en 1939 donc, je gagne ainsi cinq ou six courses Interclub, d’entrée !!! … Et c’est ainsi que je me retrouve qualifié pour la finale du Premier Pas Dunlop … ».

 

«  Le Dunlop, c’est alors une sorte de Championnat de France ... des débutants. Chaque département envoie les meilleurs, de tout le pays :  un par département, sauf le département de la Seine (qui regroupe alors Paris, les Yvelines, la Seine-et-Marne, la Seine Saint-Denis, le Val-de-Marne et l’Essonne), qui lui en envoie quatre. Pour se qualifier, il faut passer par les éliminatoires départementales :  quatre-cent coureurs sur la ligne de départ sur l’Autodrome de Montlhéry, des gars de dix-huit ans d’ âge maximum … Je fais quatrième …  Dans la demi-finale régionale, je gagne devant Jean Ferrand et Raymond Goussot …. La finale, qui devait se dérouler le 9 Septembre 1939 autour de Longchamp  est reportée, compte tenu de la déclaration de guerre à l’Allemagne. Puis, sous les couleurs blanche et noire du V.C Levallois, je gagne la grande finale à Montluçon, le 5 Mai 1940, après avoir été chercher dans la côte de Néri un débutant rugueux du nom de … Robic, et battre au sprint tous mes adversaires éparpillés dans la  côte … »

 

« Tu vois, tout avait  été très vite pour moi … Et cinq jours après, la vraie guerre succède à la « drôle de guerre » … Je fais alors le cyclard  dans Paris, je livre les journaux … Et puis, je fais du marché noir, il faut bien le dire … Je prenais mon vélo et j’allais à Etampes … J’allais en fait là où il y avait des cultivateurs susceptibles de vendre une part de leur récolte, et je ramenais des fayots, des pommes de terre … Et de fait, de 1940 à 1946, je ne cours plus …  J’habitais à cette époque dans le quatorzième arrondissement de Paris  … Un jour je reçois une lettre des autorités allemandes … Là c’était plus la même musique : c’était le S.T.O : Service du Travail Obligatoire : ça voulait dire  direction l’Allemagne. Et c’est un gars qui  habitait en bas de chez moi, un boucher, qui m’a prévenu que deux feldgendarmes en side-car étaient passés me chercher … Je ne suis pas monté chez moi … Je me suis tiré … Et j’ai été voir une femme que je connaissais depuis longtemps . Je la fournissais un peu en « noir » du café, des trucs comme çà … Je lui raconte que je ne peux plus rentrer chez moi … Elle m’écoute et me dit en me tendant une clef : « Tiens, tu vas au 25 de la rue Montsouris au quatrième étage :  il y a une chambre, elle ne sert pas, tu peux aller là …  Et j'y suis resté jusqu’en … 1946 ! ».

 

«  J’avais des faux papiers par la boîte où je travaillais alors, une société de cinéma. Et puis j’ai même eu un faux ausweiss, le patron m’avait à la bonne, ça m’a permis de passer le reste de la période de guerre avec un minimum de souci … J’ai travaillé, je faisais le porteur de journaux … Quand je ne travaillais pas deux ou trois jours, j’enfourchais le vélo et allais à Dreux, dans la maison de mon patron …. Et un jour, alors que j’avais recommencé à courir (j’étais alors  embauché chez Mercier) les deux premières courses de la saison arrivent … Deux courses …. Deux chutes … Moi qui voulais courir Paris-Nice, car je me savais meilleur en coureur de course par étapes, c’était raté … Pas de résultats, pas de prétentions … Et quand j’apprends que c’est mon coéquipier d’américaine Ange Le Strat qui m’est préféré, j’en prends un coup au moral …  Alors je me suis mis à traîner, à  traîner … ».

 

« Et un jour, je vais au Vél d’Hiv’, comme cela, avec mon cafard en bandoulière … Vous savez qu’au Vél’ d’ Hiv’, les coureurs d’américaine ne pouvaient s’entrainer qu’à partir de trois heures et demi – quatre heures … Et avant ces heures, les coureurs de demi-fond s’entrainaient eux … Alors j’étais là, à les regarder tourner … Et un gars à côté de moi, qui était marchand de cycles alors à ANTONY, me regarde et me dit :

«  Tu devrais courir en ce moment  … ».  

Je lui dis : « Non … Je suis en pétard après Antonin MAGNE … » 

 Il me répond :  « Mais alors, tu ne gagnes rien ? »

 « Non, je ne cours même pas « à la musette » ». 

« Et tu ne fais donc rien, là, en ce moment ? »

« Non » Il poursuit alors : « Tu sais courir sur piste ? »

« Bien sûr, je fais même des américaines ! »

« Et pourquoi ne t’essaierais-tu pas dans le demi-fond ? »

«  Le demi-fond … Mais c’est un peu casse-gueule, non ? »

Il reprend « Mais tu es véloce … Pourquoi n’essaierais tu pas ? »

«  Mais je n’ai pas de vélo de stayer ! »  ...

 

Sur ces entrefaites, il va voir George Wambst, le manager du Vél d’Hiv’, et ensemble ils se dirigent vers Lavalade, qui était le mécanicien de l’endroit. Ils me montent en un clin d’œil sur un vélo de stayer … Et je me mets tout de suite dans le coup, en piste pour un essai  … Et là je file bien, très bien même … Je me « couchais » bien avec la moto, je faisais corps avec elle, j’avais de l’aisance …  Je descends de machine et là George Wambst me dit « Ca a l’air d’aller ton truc là … Si tu veux, je peux m’occuper un peu de toi … » «  Je veux bien, mais où aller courir ? » « Ecoutes, me réponds George Wambst, on fait l’ouverture de La Croix-de-Berny … Tu en seras … »

 

« J’y vais, et ce jour- là, il y avait un vent terrible … A chaque tour, moi, avec mon bagage de routier, je me place idéalement, dans le sillage de mon entraineur, et je trouve tout de suite « le truc » pour rouler de façon optimale … Sur l’anneau, il y avait pourtant des « clients » .. Amédée Fournier, Louis Chaillot, je crois … Et je gagne cette course … Et je me rappelle ne plus pouvoir marcher après, tant mes fessiers étaient ankylosés … Le manque d’habitude à la position du stayer … J’avais si mal que George Wambst me demande : « Mais qu’est ce que tu as ? » Je lui réponds : « J’ai mal au cul, c’est pas possible d’avoir aussi mal … » Il me répond : «  c’est parce que tu n’as pas l’habitude … Tu t’y feras … »

Et de fil en aiguille, je me suis consacré au demi-fond, et je ne suis plus retourné sur la route .. Plus jamais … »

 

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 la joie de Guy SOLENTE , enfin Champion de France ... d' Hiver.

photo collection personnelle de Guy SOLENTE

 

 

LE VELODROME BUFFALO DE MONTROUGE

«  BUFFALO … La piste était très longue, trop longue … le rouleau de l’entraineur flottait toujours avec les soubresauts causés par le revêtement … C’était affreux pour les coureurs … Sur une  piste qui ne rendait pas, sur les pistes en ciment, on gonflait d’ordinaire à sept ou huit kilos, alors qu’au Vél d’Hiv’ on gonflait à dix … Eh bien à Buffalo, on gonflait à cinq kilos, en enfonçant le doigt sur le boyau, on pouvait toucher la jante … Dans le cuissard, je mettais une escalope de veau, que l’on cousait à l’intérieur du cuissard … Ma selle était recouverte par une peau  avec du caoutchouc … ».

«  En fait, cette piste était si difficile que je me rappelle le un jour où Chaillot, assis par terre dans la douche, qui avait mis une corde à la chaîne de douche et qui tirait dessus,  me disant, l’air complètement « sonné »  : « ce sont des criminels … regarde ce qu’il nous font faire … regarde dans quel état on est … »     

 

 

LE CHAMPIONNAT DE FRANCE 1952

«  Ce jour-là, je disais à mon entraineur :  « Attends qu’il vienne, attends qu’il vienne ! » ... Mais alors, quand il est venu, le père Lemoine … Il est resté trois tours au- dessus de moi … Oh là là …. Trois tours au coude à coude ! Et après, il est passé … » 

 

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Solente (en haut) passe Lemoine (à la corde)

photo collection personnelle de Guy SOLENTE 

ROGER GODEAU    

« Celui qui m’a le plus impressionné ? Sans conteste, Roger Godeau … Qu’est ce qu’il marchait bien ! Pas sur les pistes ordinaires, mais sur les pistes en bois,  Pfff ! Il a gagné des américaines avec Carrara, Senftffleben, sur tous les vélodromes en France,  en Belgique, en Allemagne … Il était véloce ! Mais comment pouvait- il faire … ?  Parce que le demi-fond, c’est un coup de pédale, et les américaines, c’en est un autre ! Ca n’a rien à voir … Il courrait le demi-fond à Bruxelles … Et il descendait le dimanche d’après faire une américaine au Vél’d’Hiv’ de 100 kms : et il était dans le coup !  C’est là où il nous étonnait ! Comment faisait-il ? Pour moi, ça a été le meilleur … ».

 

LE CHAMPIONNAT DE France 1951

« Une course qui m’a beaucoup marqué … Quatre cents tours de piste … J’en ai fait … 390 en tête ! … Et puis je suis pris de crampes … Et ce coureur extraordinaire qu’est Roger Godeau me tombe sur les reins … J’étais encore en tête à dix tours de la fin … Mon beau-frère était parti -  sûr du coup -, et avait dit à ma belle-mère « Mets du champagne au frais, notre gendre est champion de France ! » Et Godeau m’a « sauté »  à quatre tours de l’arrivée. Il n’y a rien eu à faire … J’en ai eu tellement de chagrin de ce titre perdu …Regardes la photo la tête que je fais .. Tu peux voir que je n’en suis pas encore remis …»

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 photo collection personnelle de Guy SOLENTE

 

 

LA CHUTE SURVENUE QUI A MIS FIN A MA CARRIERE

" J’ai eu de la chance car Roger Rioland m’arrivait dessus … Heureusement que son entraineur, Ugo Lorenzetti,  a été adroit … Des hématomes dans tout le corps … C’est cette chute qui m’a décidé de tout arrêter … Après, je me suis reconverti et j’ai fait le taxi en région parisienne jusqu'à ma retraite "

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Interview réalisée en 2007 pour le site internet "Les Fondus du Demi-Fond"

 

par Patrick Police

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08/10/2018
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