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HOMMAGE DE STAYER FR A JEAN COURT : SUITE ET FIN

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Depuis que le cyclisme existe, le demi-fond a toujours eu une gestion particulière, dans laquelle l’influence et la qualité des entraîneurs a toujours revêtu une grande importance…

 

 Pour être entraîneur, il suffisait alors de posséder une moto d’entraînement , de savoir la conduire, et de convaincre un coureur de vouloir pédaler derrière soi…

 

Bien sûr, les motos étaient particulières :  il s’agissait d’un assemblage tubulaire dans lequel était placé un moteur d’avion…. Ces motos étaient de trois origine : BAC, ANZANI et MEYER...

 

Les entraîneurs constituaient une « tribu » assez pittoresque… En parallèle existaient quelques « consortiums » qui utilisaient le plus souvent les motos dites « commerciales » (cf. les « Diables Bleus de Coueron » et le « consortium » de la Piste Municipale de Vincennes, chère aux frères Longue (Maurice et Victor), qui utilisaient des motos de marque René Gllet, avec la position dite « debout »…

 

 Dans les années cinquante, en 1956 plus précisément,  la Direction du Vélodrome du Parc des Princes prit l’initiative d’acheter douze motos de marque B.S.A et d’en confier les modifications à Dainel Lavalade.  L’ère des moyennes motos (position debout) était arrivée. (Jean Court à cette époque,  assistait Victor Linart et Georges Paillard, deux légendes devenues juges-arbitre du demi-fond aux championnats du monde).  

 

Après  la destruction   du vélodrome du Parc des Princes en 1968,  la direction devait se débarrasser de tout le matériel existant : motos, bien sûr, mais aussi les costumes des entraineurs.

 

Jacques Lohmuller, alors chef des services techniques et sportifs du Tour de France proposa à ses amis de récupérer les motos moyennant finance et, parallèlement, de créer l’association «  Le Guidon d’ Or de France ». Cette dernière étant placée sous la présidence d’ Antonin Dalous, Jacques Lohmuller en étant le Directeur Technique.

 

Une école de Demi – Fond fût crée à La Cipale en 1968  : Jean Court y est en activité, jusqu’à la fin des années 60... C’est   une époque d’espérance, au cours de laquelle on peut croire en une relance de la discipline... 

 

A partir de 1968, Jean Court est nommé Commissaire International, et Arbitre des épreuves de Demi-Fond des Championnats du Monde, parenthèse qui va durer trois ou quatre années... Et nous arrivons en 1971. Alexis Blanc-Garin, ancien stayer puis pacemaker de qualité,  avait cessé ses activités d’entraineur, après avoir  pris sa retraite d’artisan. Suite à une entrevue avec Richard Marillier, Alexis Blanc-Garin se voit confiée la gestion du Demi-Fond.

 

De grands  espoirs sont dès lors fondés… Las,  Alexis Blanc-Garin meurt le 13 Août 1973, à l’âge de soixnte-dix ans, des suites d’une crise cardiaque …. Le Demi-Fond, une nouvelle fois, est livré à lui-même…

 

Quelques années plus tard, contre toute attente, l’ U.C.I va estimer que la présence d’un Arbitre au championnat du Monde de la spécialité n’est plus utile . Elle considère implicitement que le premier commissaire venu est capable d’assumer cette fonction. Ce fût à nouveau la catastrophe : les abus, les excès des uns (les entraineurs) et la méconnaissance du sujet des autres ( les Commissaires et le Comité Directeur de l’U.C.I) (par exemple, le championnat du Monde à Rocourt en Belgique en 1975, gagné par Gaby Mineboo et son entraîneur Bruno Walrave qui dix fois auraient dû être déclassés au cours de la finale…) vont à nouveau provoquer une dégradation de la discipline, le point d’orgue étant sa suppression pure et simple du programme des championnats du Monde, mais nous y reviendrons plus loin…

 

Nous arrivons en 1982… Richard MARILLIER a été remplacé, dans la  mouvance des changements politiques intervenus en 1981, par Lucien Bailly, qui devient le nouveau Directeur Technique National à la Fédération Française de Cyclisme. Et, ce qui va rendre remarquable son action, pour nous les amoureux du demi – fond,  c’est, que chose unique à ma connaissance,  il va placer cette spécialité du cyclisme au premier plan de ses priorités.

 

A l’instigation de l’entraineur Claude Larcher, il est décidé l’achat de douze nouvelles motos, les BSA étant devenues vétustes... Mais il fallait construire ces dernières... Dès lors,  l’on fit alors appel à Jean Court.

 

Une fois les motos construites lors d’une conversation à bâtons rompus, Lucien Bailly bavardant avec l’ ami Jean lui parla de sa vision de l’avenir de la discipline… Jean Court lui fit observer qu’il n’avait été sollicité que pour « rendre service » dans le cadre de la réalisation des machines, et non pas dans la perspective d’une participation à une action de rénovation du Demi-Fond (en clair : pour s’occuper de la discipline)… Et Lucien Bailly de poursuivre : « Certes, je ne l’ai pas fait, mais je vais le faire ».

 

En même temps que l’acquisition par la F.F.C. de douze motos Yamaha 650 SX, on achète un même nombre de costumes d’entraineurs, et  dix cadres de vélo de stayer.

 

A nouveau, s’ouvre une période d’espoir : Motos, Costumes, Budget ……

 

Après le retour du demi – fond au sein de la semaine fédérale, un véritable travail d’investigation est engagé auprès des Comités pour mobiliser les organisateurs, susciter des vocations d’entraineur et battre le rappel des candidats – coursier …

 

Bref, c’est un véritable plan de relance …

 

Les buts de ce plan ambitieux sont les suivants :

-        détection des entraineurs et coureurs candidats

-        formation des entraineurs et coureurs candidats

-        préparation poussée de ces entraineurs et coureurs candidats en vue de les rendre compétitifs face à leurs homologues européens

 

Sous la responsabilité et l’impulsion de Jean Court,  ce programme est mis en action.

 

Le Demi – Fond semble remis sur les rails… Des  séminaires de formation pour coureurs et entraineurs sont organisés, des quels sortiront Michel Barrault, Marc Pacheco, Joël Lacroix, François Toscano… )  Des coureurs   de qualité se révèlent (le plus bel exemple de cette politique étant Gérard Simmonot et Serge Crottier-Combe, qui se révèleront stayers de classe internationale).

 

Un calendrier d’épreuves conséquent   et suivi est désormais en place …

 

Mais cette dynamique va vite s’essoufler, et les nuages vont peu à peu s’amonceller .

 

Nous arrivons aux  années quatre-vingt-dix : un vent de folie va souffler sur le monde du vélo, vent de folie dont les effets malsains se font encore ressentir (et comment !) de nos jours …

 

Après le temps de la mesquineries, vient celui de l’hostilité.  1992 : à l’époque de  la Présidence Verbruggen, avec en ligne de mire les Jeux Olympiques d’ Atlanta, on va décrèter, comme çela, par le seul fait du prince,  « l’urgence » de la suppression du programme des championnats du Monde du Tandem et du Demi-Fond… Le prétexte ? Le caractère « archaïque » de la discipline.  Et avec un unanimisme qui laisse pantois, toute la famille cycliste, presse spécialisée y compris, va s’empresser d’ emboîter  le pas…

 

En fait, sans doute confronté à de nombreuses pressions, le D.T.N  avait dû  successivement réduire les budgets. Puis, avec l’arrivée du Président Daniel Baal, (qui n’avait sûrement pas de chantiers plus urgents  à ce moment) sous l’effet d’une « dynamique »  purement moutonnière, on va  supprimer purement et simplement ce qu’il en restait, et pour faire bonne mesure,   « passer à la trappe » le championnat de France de Demi-Fond.

 

Ces équipes dirigeantes ont par conséquent passé par perte et profit un pan entier de l’histoire du cyclisme sur piste, au nom au nom du « modernisme »… Le demi-fond, le tamdem par la même occasion, sont sacrifiés sur l’autel du « veau d’or ».

 

«  D’un trait de plume » comme se plait à le dire et le souligner alors JEAN COURT, on a donc décidé de rayer le demi – fond de la carte…    Exit les stayers …

 

De tous temps plus ou moins ostracisé, le Demi-Fond devient dès lors une sorte de S.D.F de la « famille » du cyclisme …

 

Et c’est à ce moment que l’action de coordination, d’orchestration des énergies de tous menée par Jean Court va prendre un tour que je considère décisif pour la sauvegarde de la discipline (on n’en est plus à parler de développement… Que 1982 paraît  loin alors !  …) .

 

Jean Court va se battre, de toutes ses forces, avec pugnacité, patience, obstination contre cette logique d’abandon et de destruction…

 

Aux arguments, bons, mauvais, sincères ou fallacieux qu’on lui oppose alors, il martèle obstinément le même discours : le Demi – Fond est une spécialité historique, glorieuse même, du cyclisme, dans lequel elle a toute sa place... Pas question de décréter sa fin ! La Fédération se doit bien, statutairement,  de mettre en valeur toutes les formes du cyclisme, non ?

 

Progressivement mise à l’index… Peu à peu asphixiée… Ecartée de la Semaine Fédérale… La fin semble proche…

 

Et pourtant,  des coureurs vont vouloir  continuer à tourner sur les vélodromes derrière une moto… Des entraineurs entêtés de même… Et des organisateurs persévérer dans leur volonté d’organiser  des réunions avec des courses derrière motos à leur programme …

 

Les «  oukazes »   administratifs, les manœuvres, les mesquineries ne peuvent rien y faire... Il ne suffit pas de vouloir puis de décréter une mort… Celle-ci doit être constatée, sinon, elle n’a pas de réalité… Et en lieu et place de cette « fin » escomptée, souhaitée, force est de constater que la bête a la peau dure et qu’elle veut vivre coûte que coûte …

 

De nouvelles générations de coureurs et d’entraineurs amateurs, faisant fi des préjugés de leurs ainés, s’essaient aux courses derrière moto, et même  des coureurs professionnel...

 

Car un calendrier de réunions étoffé se reconstitue peu à peu, à faire pâlir de jalousie les autres familles de la piste … Avec comme acteurs, des coureurs de toutes générations,  et de valeur grandissante de surcroît, des entraineurs du même métal, et un public qui bien souvent est au rendez-vous …

 

Le demi – Fond devait être rayé d’un trait de plume. Mais pas de chance pour ses liquidateurs, il continue de vivre, et plutôt bien ma foi !!!

 

Ce bilan inespéré, eu égard aux périls et obstacles surmontés, on le doit à l’action pugnace de Jean Court, qui s’est battu pour ce qu’il croyait et savait juste, et qui a vu ainsi, (et c’est un plaisir de gourmet au vu de ces circonstances), les évènements et les faits lui donner raison, et ce malgré les rudes coups portés à une discipline qu’il aura servi, aimé et sauvé, tout simplement, n’ayons pas peur des mots ….

 

Bien sûr, le chantier des initiatives à entreprendre reste vaste …. Moins tout de même qu’en 1982, mais il reste du travail à faire, et comment !

 

Consolider ce qui a été fait …. Parachever le travail de vingt cinq années mené inlassablement par l’ami Jean …. Défendre la discipline contre les mauvais coups que l’on voudrait encore lui porter …. La développer autant que faire se pourra … Ce sera désormais tout le travail d’ Hervé DAGORNE, son successeur …

 

 Nous lui souhaitons tous pleine réussite dans cette entreprise… Parce qu’il faut que  des passionnés, sur et autour des pistes,  puissent encore vivre  la grande aventure du demi-fond et écrire de belles pages sur le livre d’or de sa légende…

 

 

Et à Jean Court, l’homme qui a sauvé le demi – fond en France, nous souhaitons une retraite heureuse, avec nos remerciements pour son action au service du demi-fond, qui aura toujours nous le savons, et à côté de son cher TOUR DE France, une place dans son cœur …

 


 Jean Court et Patrick Police

Décembre 2007



22/09/2019
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