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LA DISPARITION DE JEAN COURT : HOMMAGE A CE GRAND SERVITEUR DU DEMI-FOND

Jean Court nous a quittés. STAYER FR se devait de lui rendre hommage.

 

Car sans lui, le demi-fond français  n'aurait jamais traversé le vingt-et-unième siècle, tout simplement.

 

Personnellement, nos chemins s'étaient séparés il y a quelques années. Pour autant, jamais je n'oublierai la confiance dont il m'honora à priori, et le fait qu'il m'a permis de me consacrer corps et âme à ma passion.

 

Je laisse Marc Pacheco lui rendre le plus bel hommage qui soit.

 

Cet hommage,  je vous invite à le lire de la première à la dernière ligne, absolument.

 

Patrick POLICE

pour STAYER FR

 

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Ici sur le vélodrome du Blanc avec Michel Meunier,

le vice-président de France Demi-Fond


 

Jean Court n’est plus !!!

 

 

Des ‘’gens courent’’ encore,  grâce à lui, et à lui seul !

 

Ces gens ce sont ses ‘’stayers’’… « Le stayer, c’est le coureur » se plaisait-il à corriger sans complaisance - et même avec mépris - celui qui inversait les rôles avec le pilote ’’entraîneur’’ sur la moto !!  (C’était Jean !!).

 

A lui seul… ai-je écrit, voyez pourquoi jusqu’au bout de mon éloge.

 

Oui Jean Court c’était ça, un personnage brut de paroles, souvent controversé pour ses idées et positions, sans partages mais souvent justes,  de par sa connaissance du cyclisme sur le bout des doigts, et sa connaissance des hommes.

 

Dix-sept  Tours de France  comme commissaire dont quatorze  en tant que Président du Jury !!… Ça  vous situe un homme dans le milieu cycliste ! Patron du Tour donc avec son ami Félix Lévitan qu’il citait souvent dans ses longues histoires de vélo.

 

Dix-sept Tours oui, mais surtout un demi siècle et demi sur toutes les routes de France et de Navarre pour la même chose, mais aussi au bord des vélodromes pour les courses de 6 Jours, les championnats de France, Europe, Monde et… les courses de demi-fond !!

 

Certes il n’a jamais enfourché un vélo de compétition, mais le petit gamin qui habitait à deux pas de la Cipale s’y rendait à pied et parfois en cachette, au dépens de l’école, pour assister aux entraînements et courses des vedettes des années 35 et après le conflit mondial ou il a retrouvé ses idoles ainsi qu’au Parc des Princes, célèbre piste de l’époque également, car il nous racontait qu’il y avait les gars de la Cipale et les gars du Parc et le béton chauffait les jours de course !!

 

La suite de sa vie, pour lui le comptable en chef aux ‘’Hospices Civils de Paris’’, n’a été que d’être surtout le personnage dans le cyclisme craint, mais aussi aimé  ‘’par ceux qui étaient honnêtes’’ (c’est de lui)…..‘’ les hypocrites, les profiteurs, les menteurs et… les cons…dehors ’’ (c’est de lui !!)

 

Il n’a pas voulu que son décès soit divulgué avant son enterrement… pourquoi ? Je suis sûr qu’il ne voulait pas d’hypocrites et de m’as-tu-vu vers son cercueil, sachant pertinemment et connaissant aussi ceux qui saurait garder le souvenir de leur ami disparu.

 

 Il n’a donc pas assisté à 91 ans au dernier Championnat de France de demi-fond à Lyon samedi 14 pour lequel je lui ai envoyé un mail lundi resté pour moi bizarrement sans réponse… inhabituel… et pour cause malheureusement. Il n’était pas présent… si… si si, il était là… là-haut !

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Je ne suis pas de ces croyants qui vont à la messe, ma messe, c’est le demi-fond, comme lui ! Mais je ne peux m’empêcher de croire qu’il y a des choses ou des signes qui ne trompent pas !

 

Tous les connaisseurs me disent que j’ai fait un championnat parfait, avec et pour mon coureur. Je sais maintenant pourquoi... Il était là… après avoir retrouvé là-haut son pote Michel Barrault, le Poitevin entraineur de génie, mon modèle et seul sur les motos à m’avoir conseillé ; retrouvé aussi son ami intime de toujours le lyonnais Georges Preveral.

 

Le ciel était immaculément bleu, un beau balcon où je les vois tous les trois vouloir se régaler d’un spectacle dont ils ont toujours raffolé, et notre Jean leur dire : ‘’Eh Michel, Jojo, regardez le môme ! ’’.

 

Oui il m’a toujours appelé "Môme", de toujours… c’est depuis la fin des années soixante. Le petit cadet puis junior Marc Pacheco, par passion du vélo et de la piste, fréquentait assidument à la Cipale les jeudis populaires (puis les mercredis au changement du congé scolaire ensuite), mais aussi les épreuves d’encadrement des arrivées de grandes courses pros de l’époque à la Cipale (le vélodrome du Parc des Princes étant détruit) comme Les Boucles de la Seine, Bordeaux Paris, le Grand de Paris Prix de vitesse, La Roue d’Or ou de… demi-fond, etc etc...

 

Ce gamin que j’étais, sent une main tapotant sur son épaule un jour de course; il lève la tête et dit :

« Bonjour M’sieur le commissaire’’ (Jean Court en personne... !!!), timidement dit donc, mais flatté de ce sourire rare et de ce qui suit !

« Tu viens d’où môme ( môme 1ère !!) en vélo avec ton sac à dos et ton vélo de piste sur l’épaule ?? »

«  De Vélizy M’sieu’,  à coté de Versailles »

« Je sais où c’est Vélizy môme, mais tu as fait vingt bornes avec la descente sur Sèvres, les Boulevards Extérieurs (le périph n’existait pas) avec une main sur le guidon et un frein !!??? »

« Oui M’sieu’ »

« Toi, t’adores la piste... »

« Oui M’sieu’ ! »

« Et tu aimes quoi sur la piste, parce que je t’ai déjà repéré pour quelque chose... »’

« Ben M’sieu’, mon éducateur Michel Scob est Champion de France de demi-fond, j’aime bien que ça roule vite avec du bruit »

« Oui j’ai vu que tu te démerdais toujours pour pousser un coureur au départ… sans me l’avoir demandé !! »

« Ben pardon M’sieu’ »

« C’est bon môme tu pousses, t’es pas une grignette alors je t’ai laissée faire… mais tu me promets de faire du demi-fond plus tard ? »

« Ah oui M’sieu’… »

« Et de monter sur les motos ensuite ? »

« Ben… si j’peux M’sieu’ »

« Viens me voir quand on met les coureurs en place »

« Oui M’sieu’’… » Poli le gamin, merci papa et maman ! Mais surtout impressionné !

 

Une heure plus tard

« J’suis là M’sieu’ »

« Aujourd’hui tu pousses le dernier…, le numéro 1 ! Allez va au bout là bas ! »

« Mais M’sieu’, c’est lecChampion du Monde !!!!!!!!!! »

« Oui et alors ? Tu pousses fort et tu cours comme d’habitude ! »

 

Houlala quel cadeau … le cœur à 200, c’était bibi pas le coureur !…

Théo Vershueren, le Belge (à qui j’ai raconté cette histoire il ya cinq ou six ans environ !). Ma larme à l’œil, ce n’était pas de la sueur je vous l’assure, et Jean Court un père Noël avant la date !!

 

Quelques années plus tard quand Jean a su que son ‘’Jojo’’ Preveral m’avait fortement demandé de débuter en demi-fond derrière la moto, il a, je sais, apprécié l’engagement tenu par ‘’le môme’’.

 

Quelques années bien plus tard, à trente-six ans, après quelques modestes victoires régionales derrière le rouleau, et surtout la dernière pour ma dernière compétition à Grenoble le 6 décembre, il ne m’a pas loupé le Jean Court… «  Tu montes de suite sur une moto, tu en a chié derrière, tu sais ce que c’est, alors gardes ces sensations de suite, tu seras le roi de la poignée et tu sauras soigner ton coureur ! »

 

Si vite dit, si vite fait… Le 15 janvier je montais sur une des Honda du Vel d’Hiv grenoblois, et je gagnais avec Michel Meunier comme coureur. Pas aussi relax que maintenant, un peu crispé parce que ‘’Commencer à Grenoble…. !! Pas facile comme piste avec ses 210,52 mètres et ses petits virages’’ m’avouera-t-il plus tard avec satisfaction.

 

C’était parti, et bien parti.

 

Un peu plus tard dans la saison… Coup de fil… « Je te donne deux motos à Lyon pour préparer Crottier-Combe et pour former des mecs môme, n’oublies pas ça surtout… » (Jean : à ce jour j’en suis à vingt-six et quelques entraîneurs ! ).

 

Alors tous ses mots me résonnent dans la tête, « Fais comme ci… Fais pas comme ça »

 

Du coup ça me ramène plus haut dans le texte…..Barrault/Court/Preveral au balcon du Championnat et son ‘’Regardez le môme ! ’’

 

Et bien oui, je lui dois tout ce que je suis en demi-fond, avec en plus des conseils de Barrault (les seuls d’un entraîneur qu’on m’ait donnés) et des encouragements de Preveral dans ses nombreuses organisations lyonnaises.

 

Alors l’article sur le championnat dans ‘’Stayer.fr’’ qui me flatte de superlatifs avantageux, c’est Jean Court qui me les a inculqués et répétés souvent. Je site et commente :

A soixante-huit ans Marc Pacheco reste bien :

Le Maestro de la manette…… (relisez plus haut ce qu’il m’avait prédit)

Le Grand Sachem de la protection de son coureur (relisez plus haut ce qu’il m’avait prédit)

Le Prince des trajectoires… (il m’avait imposé de suivre en moto Bruno Walrave au cours des championnats du Monde a Lyon pour copier les bonnes trajectoires du Maître)

Le Manitou des turbulences ... (Il m’avait  dit de rallonger un adversaire mais « Oh gamin pas tout le monde systématiquement… Faut choisir l’adversaire à faire exploser selon ton placement !!) »

Le Machiavel de la course d’attente… (« Sois toujours patient môme… Arrêtes la course quand tu es devant, au lieu de carburer à bloc parce que tu as un avion au rouleau… C’est une course de vélo, pas une course de moto !! »)

Le Vénérable à audiencer pour ses recettes pas piquées des vers à utiliser en course… (Ce sont les siennes… bien apprises…)

 

Je passais donc un nouvel examen sous ses yeux et son sourire satisfait des leçons bien retenues.

‘’Champion de France c’est bien, mais faut repartir a zéro môme… Bosse, roule seul aussi, car la moto c’est tout un art et on perd vite ses repères… Fait tes gammes sans cesse…’’

 

Mais Jean Court aussi dur qu’il pouvait l’être,  aussi bon l’était-il.

Il ne favorisait pas il récompensait !!

Evidemment il ne fallait pas dévier de la ligne proposée !!

 

L’autre personnage inconnu de beaucoup, c’est le patriarche et bon bonhomme, pas avare du tout !

Au retour d’une course ou avant d’y aller… Par exemple ‘’ Restes manger môme, Mme Court se fera un plaisir ’’ ou ‘’ Restes dormir môme, il est trop tard pour rentrer à Lyon ’’

 

La maison en bord de Marne pas loin des guinguettes encore vivantes, à quinze  minutes de la Cipale était un chaleureux havre d’accueil.

 

En entrant par le garage l’odeur des costumes de cuir pendus nous saisissait, passage obligé par son bureau sans décoration outrageuse de son immense carrière dans le milieu… Puis direction le premier étage, son orgueil : son sol carrelé ‘’ Par un rital et avec du rital ’’ disait-il avec fierté… Et c’était vrai, vu la qualité de la faïence et le goût quant au choix des carreaux… Chapeau !

 

Ses innombrables récits sur tout le cyclisme étaient passionnants à écouter, même si parfois on entendait plusieurs fois la même histoire, ses mots exprimaient toujours une passion sans limite.

 

Je répète que si ‘’ Les gens courent ’’, c’est grâce à lui, car faire mettre en service des motos Yamaha neuves en pleine période où les instances tiraient à boulets rouges… que dis-je… à la bombe atomique sur  le demi-fond… Il fallait être fort… Très fort !!

 

Avoir porté à bout de bras cette spécialité…. Merci Jean, l’héritage est en bonne santé…

Nous faisons de notre mieux, enfin reconnus par la F.F.C. avec France Demi-Fond.

 

Alors ‘’ M’sieu’ Court ’’ profitez bien là haut avec Michel, Georges et tous les stayers que   vous avez retrouvés, ainsi que les Anquetil et autres Bobet, Koblet, Coppi etc…

 

On vous rejoindra un jour et vous raconterai encore et encore vos épopées cyclistes si nombreuses !

 

MERCI M’SIEU’… Au nom de tous… enfin presque tous, pour penser comme vous !!

 

A mon père spirituel, mon mentor, mon bienfaiteur du demi-fond

Marc Pacheco

 


 



20/09/2019
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