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1934 : DU RIFIFI A LEIPZIG

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1934 : Erich Metze et Paul Krewer au Buffalo de Montrouge, une semaine avant Leipzig

 

 

1934... LEIPZIG.. La finale du championnat du Monde de demi-fond se dispute le jour même du plébiscite qui va enchaîner l'Allemagne à son nouveau maître. 

 

"Le championnat des stayers au coin d'un bois" comme confiera à un journaliste un spectateur français présent. Atmosphère de guet-apens : ce dimanche 19 Août 1934, il  règne une saine ambiance sur le vélodrome de Lindenau et autour :  " Des jeunes gens en chemise brune, poignard à la ceinture, brassard rouge orné de la croix gammée viennent s'assoir à notre table..." dixit Le Miroir des Sports du temps... C'est débonnaire, ç'est convivial... Pour faire bon poids, le Président français de l'U.V.F. et de l'U.C.I., Léon Breton, visiblement tout émoustillé par les uniformes des officiels allemands qui l'accueillent, se fend d'un salut nazi dégoulinant de veule obséquiosité, déshonorant et sa fonction et son pays... Mais il faut dire que pour ce qui regarde l'institution, celle-ci  n'en est plus à un coup de pied au derrière près depuis le début de ces championnats du monde en pays nazifié... 

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La peur et la honte donc en toile de fond de ce Mondial crispé,  rythmé au dehors par le bruit entêtant des défilés des chemises marrons en goguette, de la musique lourdingue des fanfares locales para-militaires  et des échos lointains des haut-parleurs rapportant les aboiements hallucinés du führer local, ponctués de hourras frénétiques. Ils sont en cet après-midi d'été comme déjà annoncés les 90 % des voix qu'obtiendra tout à l'heure Hitler à travers toute l'Allemagne. Leipzig 19 Août 1934 : nième station du trajet qui mènera à la seconde guerre mondiale.

 

Dans ce contexte, le Sportpalatz ne saurait constituer un oasis d'insouciance. Le pesant malaise est omniprésent, comme le sont ces nervis à brassard, contrefaisant un service d'ordre à l'affût de l'impossible chahut qui leur permettra de libérer leur morgue et leur goût de la chasse à l'homme.

 

Côté sport, on sait se mettre au diapason des temps : la finale des stayers se disputera en  ce dimanche poisseux sous le signe d' une coalition ouverte, autant franche et visible qu'elle est interdite par les règlements. Car ici, à Leipzig Lindenau, les règlements sont le cadet des soucis des organisateurs et du team germanique. 

 

" Je serais difficile à passer, tu sais ! " déclare avec impudence Krewer   à Lacquehay sur la ligne de départ... Ben voyons, pourquoi se gênerait-il,  "Le Porc-épic de Cologne" ? Les règlements, le team germanique et son mandataire espagnol Prieto ne feront que s'asseoir  joyeusement dessus une heure durant. Et ce n'est pas le pitoyable Léon Breton et des commissaires confits dans leur autisme qui risquent de faire jouer en tels lieux leur résistible autorité.

 

" Qu'est ce que vous voulez que je fasse contre trois coureurs en commande contre moi   ?" interroge avec  une rage contenue le fransoze champion du Monde 1933 à ceux qui l'accompagne vers le tunnel de sortie du Sportpalatz.

 

 " Tu pourras te faire naturaliser allemand après tout ce que tu as fait pour Metze! "  lancera après la course Georges Paillard à l'Espagnol de Marseille Prieto, qui a aidé outrageusement le tandem teuton... La remise du maillot irisé par le Président-groupie Breton,  comme écrasé par son voisin  führer des sports et ses affidés en uniforme est saluée par un tonnerre d'acclamations.

 

Le  spectacle glaçant des vingt-cinq mille fanatiques en transe, bras tendus sur fond de Deuschland Uber Alles et d'hymne du parti national-socialiste ponctuera la victoire du tandem Metze-Krewer et parachèvera le "triomphe" allemand... Un voyage au bout du malaise, sanctifié le lendemain par l'annonce des résultats sans appel du plébiscite en faveur du Führer.

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            Lacquehay, fou de rage,                                     Léon Breton aura décidemment bien tendu le bras en cette semaine

   retenu par son manager Gaston Degy

 

Bref, une édition 1934 étouffante, oppressante, que Charles Lacquehay  aura pris soin de quitter sur le mode indigné...  Il en prendra néanmoins plein la figure le bon Charles à son retour en France, tout juste si on ne le qualifiera pas de déserteur, et les pontifes de l'U.V.F. trouveront à cette occasion un peu de la voix qui leur avait tant fait défaut en terre allemande... Mais la vengeance est un plat qui se mange froid paraît-il.

 

Alors le placide Charles - "La longue carabine" comme on le surnomme  - saura attendre une pleine année pour faire payer - très cher-  à Erich Metze sa victoire  frelatée, en le faisant littéralement rôtir à petit feu pendant un plein tour de cadran sur le bois du vélodrome du Heysel : la note à régler du guet-apens de Leipzig.

 

 Allez, je ne vous fais pas plus languir :

embarquons avec François Bonnin dans la machine à remonter le temps en cliquant sur le lien blanc suivant :

 

https://stayer-fr-palmares-internationaux.blog4ever.com/championnat-du-monde-de-demi-fond-professionnels-1934-1


 Sources : Documentation Patrick Police; Match; Le Miroir des Sports; Excelsior; Paris-Soir; L'Intransigeant; L'Auto

 

 



28/11/2019
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