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JACQUES MARCELLAN "ON NE VIT QUE DE PASSION"

JACQUES MARCELLAN :

" ON NE VIT QUE DE PASSION ! "

 

MARCELLAN  IMG_20181206_0002.jpg  photo collection Jacques Marcellan  

 

 

Aujourd’hui nous allons évoquer une figure emblématique de ce cyclisme sur piste de la banlieue parisienne, et plus précisément de cette  école de piste de l’Est parisien, dont Jacques Marcellan aura longtemps été l’un des plus brillants ambassadeurs.

 

Natif d’Aulnay-sus-Bois, Jacques Marcellan prend tout naturellement sa première licence en 1953 au club cycliste de sa ville. Sa première victoire, acquise au Prix de Bel-Air, à Savigny-sur-Orge en banlieue sud, inaugurera  une série de cent-soixante-six autres, qui prendra fin… dix-neuf années plus tard sur le vélodrome de La Cipale, lors d’une  ultime américaine de 80 kms,  remportée avec Aîmé Bastard.

 

En 1957, après huit victoires remportées en qualité de coureur deuxième catégorie, et vingt-cinq places dans les cinq premiers (sur trente-quatre courses disputées), il passe sous les couleurs des J.P.S. Sous ces couleurs il remporte de suite quatre victoires, dont  le réputé Critérium des Vainqueurs disputé à Yerres, en haut de la côte des Camadules, qui ponctue la fin de saison cycliste.

 

1957, c’est aussi l’année de la prise de connaissance avec le fameux « Vél’ d’Hiv’ », où il fréquente bien vite l’école de demi-fond aux cotés des Iscache, Briquet, Larcher… Là, il fait pour le reste de son existence le plein d’émotions incomparables, comme cette sensation fabuleuse ressentie en roulant en  haut de la piste au- dessus des lampadaires suspendus - à les toucher ! -, à s’ébahir au spectacle fascinant des  flammes bleues crépitant au sillage des motos dans la pénombre de la cathédrale de la rue Nélaton, ou encore à s’amuser des chaussettes noires arborées un jour par Michel Rousseau en signe de deuil du Président Joinard.

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 Avec Antège Godelle, à La Cipale cette fois - photo collection Jacques Marcellan 

 

L’année suivante est celle de l’affirmation, puisqu’il figure en ce millésime 1958 parmi les dix  meilleurs coureurs français, et est pré-sélectionné pour les championnats du Monde sur route amateurs. A un autre titre – historique celui-là- il aura le privilège de remporter la toute dernière américaine disputée trois-cent-vingt tours durant sur le mythique  anneau  parisien, associé à son camarade de club Edouard Moreels.

 

22 Mars 1959. Plus de « Vél’ d’Hiv’ », mais ce printemps-là  une victoire sensationnelle dans  Paris-Ezy. Las… Au lieu de marquer l’heure enfin sonnée de la révélation d’un nouveau talent, il s’agit   le soir même de prendre le chemin de la Mitidja enre Alger et Oran, direction Marengo, puis Hussein Dey dans la banlieue d’Alger pour enfin rejoindre le contingent dans une  Guerre d’Algérie qui n’est plus depuis longtemps une opération de maintien de l’ordre.  Notre hommes passera une année au 19ème Génie, passée à Tebessa à la frontière tunisienne, à poser mines et barbelés à 5000 volts le long de la ligne Challe. Lorsque sonne l'heure de la libération en Juin 1960, on a du mal à choisir entre le bonheur de revenir vivant, et celui de disposer encore de ses deux jambes... certains des camarades n'ont pas eu cette chance…  

 

L’athlète triomphant du printemps 1959 n’est plus que l’ombre de lui-même. Et quel sens peut avoir désormais  le vélo, lorsqu’on a vécu une séquence aussi dramatique et éprouvante… ?

 

Pourtant, une année plus tard, il décidera de franchir le Rubicon, et de passer professionnel pour l’équipe Peugeot dirigée par Gaston Plaud, destination obligée des J.P.S.’ boys.  Au bout d’une saison peu enthousiasmante - où faire le métier se résume à accomplir de longs rallyes automobiles au volant de la 4cv pour sauter d’un critérium à l’autre, avec au bout de ces périples une seule victoire à Marcilly en Saône-et-Loire -  le voici « remercié », sans plus de façons.

 

1962, et voici le moment de vivre une autre nouvelle – et  brève - aventure, au sein de  l’équipe professionnelle Porter 39, auguste marque de bière magnifiée un peu plus de vingt années auparavant par un époustouflant swing du génial Gus Viseur. Une année en demi-teinte au sein de cette équipe franco-belge, aux côtés des Hassenforder, Le Grevès, Sauvage, soldée par une victoire à La Souterraine, qui ne suffira pas à éviter la fin de l’aventure pro. Encore quelques mois et il sera temps d’acquérir une certitude : celle que finalement l’homme est passé professionnel au moment où il marchait le moins.

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 1963. On remet les compteurs à zéro. Pour assurer « la matérielle », Jacques Marcellan devient coursier à l’Auto-Journal,  avant de devenir vendeur au BHV, où il prendra licence trois années durant. Reclassé amateur, il va très vite engranger les victoires. Une année blanche en 1966, le temps de prendre un café en gérance. Celui aussi de se rendre compte que le métier de gargotier ne sera jamais son « truc ». Même les victoires amassées en « corpo » n’arrivent pas à dissiper cet arrière-goût d’inachevé, cette pénible impression de se diriger lentement au gré des changements de club (1967 au V.C.C.A., de 1968 à 1970 retour aux J.P.S.S) vers une  voie de garage. Jusqu’à l’année 1970.

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                                              Avec Antège Godelle - photo collection Jacques Marcellan  

 

Elle marquera un nouveau départ. Car cette année-là, Antège Godelle - l’un des meilleurs coureurs d’américaine français (du panache à revendre et un ordinateur dans la tête [très important dans ce type de courses] ), est en quête d’un équipier solide, et le contacte. Le temps de dire oui, et le voilà embarqué, à trente-deux ans bien sonnés, pour une aventure de trois années avec le C.V.D. Le C.V.D., le glorieux club dyonisien. Saint-Denis, Aulnay-sous-Bois. Toujours l’Est parisien chevillé aux pédales, Jacques.

 

Soixante-dix victoires (et quelques autres, beaucoup d’autres,   laissées bien souvent délibérément aux autres teams, tant l’équipe maîtrise son sujet) célèbreront cette association redoutable. Jusqu’à ce dimanche de fin d’été 1972 à La Cipale, où, associé à Aîmé Bastard, il mettra le point final à une carrière bien remplie.

 

Une année auparavant, il aura fondé l’école de cyclisme de la piste d’Aulnay-sous-Bois. La banlieue Est ,encore et toujours, qui vous colle à la vie. La piste de l’Est parisien lui doit beaucoup.

 

Et le demi-fond dans tout ça ? On y vient…

 

« J’ai couru derrière René Godest, Edouard Lespillez, Joseph Goutorbe, Victor Longue et sa Bac Anzani, Claude Larcher, ce dernier très bon entraîneur… »

« 1971,  participation au championnat d’Europe de demi-fond à Dortmund, sur une piste de deux cents  mètres. Deux ou trois manches sur cent tours pour qualifier six finalistes, et je ne suis pas dedans. Pas d’autres souvenirs que la formidable ovation reçue pendant les tours d’honneur… frissons garantis. »

 «  Le demi-fond ? C’est la spécialité du cyclisme où l’on tourne le plus vite les jambes… le 68x14 à perdre haleine, à 80 à l’heure et plus… »  

« Pour ménager l’assise on avait nos « trucs » : les  deux cuissards superposés, les applications de Borostyrol, et surtout, quand tu avais le fessier à vif, induction de Borosterol, les bains de permaganate… Tu vois, tout un folklore… Et le gonflage des pneus, si important ! Car selon les pistes, ondulées ou lisses, tu avais toujours la crainte de la blessure à la selle toujours possible »

« Si j’aurais pu faire mieux dans cette spécialité que ces places de quatrième et cinquième aux championnats de France entre 1967 et 1969 ? Oui, si j’avais vraiment été un « tout bon », l’explication est là. Il y en a d’autres aussi, mais qui relèvent - comment dire – des codes et usages en vigueur alors…  Finalement, je n’ai pas de regrets, seulement de la nostalgie. »

 

« Pour redynamiser le demi-fond ? Des mecs qui y croient, et du spectacle, toujours du spectacle ! »

   

 

Entre autres distinctions honorifiques, Jacque Marcellan a reçu le titre de Chevalier de l’Ordre de la Courtoisie française, ainsi que la médaille de bronze de la Jeunesse et des Sports.

 

MARCELLAN E IMG_20181206_0004_crop.jpg "La bille dans le bol !" : Jacques Marcellan, quel style ! - photo collection Jacques Marcellan

 

 

Sources : témoignage Jacques Marcellan ; Léon-Yves Bohain de l’A.S.C.F.; documentation STAYER FR; remerciements à Marc Martinez, qui a permis la chose. 


Patrick POLICE, pour STAYER FR

le 31 Décembre 2019

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01/01/2020
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