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UNE DATE DANS L'HISTOIRE DU DEMI-FOND : CHAMPIONNAT DE FRANCE 1924 : ROBERT GRASSIN DEVIENT CHAMPION DE FRANCE DES STAYERS

CHAMPIONNAT DE FRANCE DE DEMI-FOND PROFESSIONNELS 1924

Paris Vélodrome du Parc des Princes (ciment 666,66 mètres) - 1er Juin 1924

 

 

 Dix-sept concurrents engagés.

La commission sportive a retenu 5 d’entre eux pour l’épreuve nationale : Sérès (champion de France 1923), Miquel (champion d’hiver 1924), Grassin, Ganay et Parisot.

Pour la première fois dans l’histoire du championnat des 100 kilomètres disputé sur une piste permanente (1891, à l’époque sans entraîneurs), le nombre d’engagés donne lieu à la mise en place d’un tour préliminaire dont 5 coureurs sont exempts. Les 12 autres stayers disputeront donc deux éliminatoires sur 50 kilomètres. Les deux premiers de chaque série seront qualifiés pour le championnat ainsi que le plus vite des troisièmes.

ELIMINATOIRES (Vendredi 30 mai 1924 16h 00)

1ère série 

1-01 Ernest Catudal  entr.: …Naso                    50 km en 40'53"2/5

2-05 Paul Guignard   entr.: Henri Demenou           à 650 mètres

3-02 Marcel Hino      entr.:  Georges Passerieu     à 6 tours

4-03 Maurice Pellet  entr.:  Maurice Jubi              à 7 tours

N.C. 04 …Bertaud     entr.: Hans Engeli               Abandon 38 km

N.P. André Chardon  entr.: Auguste Fossier          Forfait

 

La course : Chardon ne part pas, son entraîneur lui ayant fait défaut au dernier moment. Catudal part en tête, Guignard ferme la marche. Hino tente de revenir sur le premier et s’épuise dans une lutte prématurée avec Pellet qui s’adjuge la seconde place, tandis que Guignard active le train. A la mi-course, Hino et Bertaud sont doublés. Peu après, Guignard passe 2ème et n’a plus que 250 mètres de retard sur le leader, Catudal. Au 38ème kilomètre, Bertaud  qui a quatre tours de retard abandonne.

La moto de l'entraîneur de Hino ne marche que par à-coups. Belle fin de course de Guignard que Catudal ne peut doubler.

 * Temps de passage: Catudal: 10 km en 08'45"2/5; 20 km en 16'39"3/5; 30 km en 24'37"4/5; 40 km en 32'48"4/5.

 

2ème série

1-01 Daniel Lavalade entr.: Henri Colonna                    50 km en 41'15"4/5

2-03 Fernand Larrue  entr.: Aloïs Stiplochek           à   30 mètres

3-04 Henri Bréau       entr.: Georges Passerieu   à 350 mètres

4-02 Lucien Duclair   entr.: …Delaye                      à 1 tour  333 mètres

NC-05 Eugène Bruni   entr.: Léon Lauthier            Abandon 12 km

NP-   Georges Paillard entr.: ??                                 Forfait

 La course : Lavalade s’élance le premier, suivi de près par Duclair auquel Larrue prend au dixième tour la deuxième place. Bruni, parti le dernier, décolle au 12ème kilomètre et renonce. Une très belle lutte oppose pour la première place Lavalade et Larrue. Le débutant Bréau suit à 50 mètres puis se rapproche des deux leaders et tente vainement de passer Larrue qui le fait "voyager" et décoller. Lavalade augmente son avance mais Larrue revient sans réussir à passer cependant. Duclair devenu dernier du lot marche mieux vers la mi-course. Il refait une partie de son retard mais bientôt il décolle et se fait doubler.Bréau au style souple et aisé, fait excellente impression et se défend bien mais décolle légèrement par instants.

 * Temps de passage : Lavalade: 10 km en 08'37"3/5; 20 km en 16'43"3/5, 30 km en 24'50"3/5 ; 40 km en 33'05"2/5 

Bréau, meilleur des temps des troisièmes est qualifié pour le championnat. Marcel Hino, transfuge de la Société des Courses dont il est le dernier champion national du demi-fond (La fédération dissidente, fondée par Pierre Benoist qui oeuvrait sur les vélodromes de Paris-Vaugirard et de Dijon a cessé ses activités un an plus tôt), n’est pas parvenu à se qualifier.

 NOTA : Les temps sur 50 kilomètres n’ont pas été retranscrits dans la presse consultée. En tenant compte de la moyenne horaire calculée selon le temps du premier et l’écart de distance, les temps des deux troisièmes (déterminant le 10ème qualifié) peuvent  être estimés comme suit :

Bréau (moyenne 72.195 km à la distance 49,650 km)  les 50 km en 41'33"

Hino   (moyenne 67.498 km à la distance 46,000 km)  les 50 km en 44'27" 

La liste des entraineurs pour la finale est donnée dans l’édition de l’AUTO du dimanche, mais non pour les séries. Nous les avons identifiés à partir des séances d’entraînement des derniers jours relatées dans la rubrique "Echos des pistes" du quotidien avec les réserves habituelles.

 

 

CHAMPIONNAT DE FRANCE DE DEMI-FOND PROFESSIONNELS 1924

 

EPREUVE NATIONALE (Dimanche 1er  juin 1924)

Bien que le matériel et les tenues des entraîneurs aient été contrôlés le samedi de 14h30 à 17h00, par MM Ulpat, commissaire et Desmarest, directeur du vélodrome, une longue vérification des motos, y compris celle de réserve a été effectuée avant le départ qui, de ce fait n’a été donné qu’à 14h 20. Sur la ligne de départ, les concurrents sont postés en  file indienne et les entraîneurs lancés viennent les "cueillir" au passage.

1-05 Robert Grassin  entr.: Arthur Pasquier  100 km en 1h 21'29"4/5

2-04 Gustave Ganay  entr.: C.  André                   à 300 mètres

3-01 Georges Sérès   entr.: Henri Saugé                à  1 tour  100 mètres

4-03 Ernest Catudal  entr.: …Naso                        à  7 tours

5-06 Henri Bréau       entr.: Georges Passerieu      à 13 tours

6-07 Daniel Lavalade entr.: Henri Colonna            à 14 tours

7-02 Paul Guignard    entr.  Henri Demenou          à 15 tours

NC-08 Jules Miquel   entr.:  Etienne Amerigo        Abandon 90 km

NC-09 Léon Parisot   entr.: … Caudriller                Abandon 90 km

NC-10 Fernand Larrue entr.: Aloïs Stiplochek        Abandon 40 km

 

La course: Dès le départ, Sérès, très habilement cueilli par Saugé, prend 100 mètres d’avance. Derrière lui, les autres concurrents gardent quelques instants leurs positions du départ, puis au troisième tour, Catudal est passé par Ganay, Grassin et Miquel. Ces trois hommes dépassent ensuite Guignard. Au 13ème tour, Larrue, Bréau et Lavalade sont doublés par Sérès puis par ses trois suivants. Aux 10 kilomètres, atteints en 08'31"2/5, Grassin force l’allure et dépasse Ganay, s’octroyant ainsi la deuxième place du cortège. Au 20ème tour, Miquel crève et perd 2 tours. Au 21ème tour, Lavalade décolle. Au 30ème tour, Grassin veut doubler Larrue mais se heurte à une résistance désespérée du Bordelais et doit renoncer au passage. Aux 20 kilomètres couverts en 16'35"1/5, les positions sont déjà très précises. Sérès mène vaillamment; Grassin est à 200 mètres, Ganay à 300 mètres, Parisot à 350 mètres, Catudal à 500 mètres. Les autres sont doublés. Au 29ème tour, Miquel est doublé une troisième fois. Grassin  renouvelle son attaque contre Larrue mais ce dernier le fait encore "voyager " pendant plus d’un kilomètre. Grassin pousse alors à fond et oblige Larrue à décoller mais l’effort qu’il vient de produire est de nature à compromettre ses chances, même si Ganay est encore assez loin. Le public conspue Larrue qui décolle de nouveau. Sérès atteint les 30 kilomètres en 24'28". Miquel ne paraît pas à son affaire et décolle encore au 56ème tour. Un tour plus loin, Parisot est doublé pour la première fois. Sérès couvre 37,060 kilomètres dans la demi-heure et passe le cap des 40 kilomètres en 32'24"2/5.

A cette distance, Larrue descend de machine et se retire. Catudal se défend bien et n’est doublé par les trois premiers du classement que peu avant les 50 kilomètres atteints en 40'22". Juste à la mi-course, Sérès, sur le point de prendre un septième tour à Miquel se voit opposer une résistance inattendue du champion d’hiver et doit ralentir considérablement. Grassin profite de l’incident pour se rapprocher. Sérès continue de faiblir, et Grassin le poussant sur Miquel, une lutte frontale à trois s’engage dans le virage. Sérès décolle dans la ligne droite et Grassin qui a fait tout l’extérieur aux balustrades passe devant.

C’est à présent le duel attendu entre Grassin et Ganay qui s’annonce.

Le Marseillais est à 20 mètres du nouveau leader dont les efforts ont été si violents que Ganay doit pouvoir passer. Mais l’attaque ne se produit pas et les 60 kilomètres sont parcourus en 48'34"1/5 sur les mêmes positions. Toujours aucun changement avant les 70 kilomètres (56'44"1/5), sinon que Sérès perd à présent continuellement du terrain. Il est maintenant à 500 mètres. Parmi les autres concurrents derrière les trois premiers plus aucun n’est encore dans le jeu, Parisot, le meilleur des doublés est à trois tours. Après l’heure de course (73,990 kilomètres), Ganay lance enfin l’assaut et pousse Grassin sur Sérès. Les trois adversaires sont séparés de moins de 10 mètres les uns des autres. Au 118ème tour, Ganay profitant de ce que Pasquier vire un peu haut tente de s’infiltrer à la corde mais il ne passe pas. Au 125ème tour Ganay relance l’attaque mais fait une embardée en accélérant, ce qui le fait décoller juste au moment d’atteindre le leader. Pendant ce temps, Sérès continue de résister à Grassin et n’est toujours pas doublé. Les 80 kilomètres sont couverts en 1h 04'53"2/5. Ganay  a concédé un minimum de distance et revient à quelques mètres de Grassin ayant lui-même Sérès juste devant lui. Au 132ème tour, Grassin, toujours talonné par Ganay attaque Sérès et lui prend enfin un tour, sans résistance. Ganay double lui aussi sans difficulté le tenant du titre, mais aussitôt après l’écart se creuse brusquement entre le leader et lui. A présent les résistances que continuent à lui opposer Parisot et Catudal ne peuvent rien contre Grassin qui parait désormais devoir gagner. Grassin franchit le cap des 90 kilomètres en 1h 13'21". Miquel et Parisot ont quitté la course. Ganay perd toujours du terrain, Lavalade le faisant "voyager " sans utilité avant de décoller. Plus que 10 tours à couvrir, 8 ; 6 ; 4 tours. La cloche retentit et Grassin passe la ligne une dernière fois. Les applaudissements de tous les spectateurs saluent sa victoire.

                                        


Grassin a gagné en grand champion et ajoute son nom au prestigieux palmarès du championnat de France. Si l’on pouvait craindre le handicap d’une blessure à l’épaule consécutive à sa chute récente de Zurich, il a surmonté une position longtemps défavorable, placé ente Sérès qui s’annonçait redoutable à dépasser et Ganay qui le poursuivit durant 50 kilomètres. Une fois en tête, Grassin interdit à deux reprises le passage à Ganay pour terminer très frais, sans effort apparent.

Georges Sérès fut brillant pendant la première demi-heure, conduisant la course d’une allure aisée et démontrant une merveilleuse défense jusqu’à ce qu’une lutte de quelques instants avec Miquel le laisse sans force pour s’opposer à l’assaut de ses deux jeunes rivaux.

Le Marseillais Ganay fit une course admirable mais attendit peut-être trop longtemps pour porter ses attaques contre Grassin.

A remarquer que les trois premiers essuyèrent à plusieurs reprises une rude défense de coureurs doublés plusieurs fois, tels Larrue et Miquel. De ce point de vue, il serait pertinent d’interdire à ceux-ci de faire "voyager" les leaders sous peine de disqualification.

A l’échelon inférieur, Catudal défendit ses chances en étant régulier, de même qu’Henri Bréau lequel, pour ses débuts derrière le rouleau fit excellente impression. Lavalade fit de son mieux et termina, de même que Guignard, le doyen. Miquel creva trois fois et ne donna pas l’impression de tenir la forme qui lui valut le titre de champion d’hiver. 

Si le championnat fut quelque peu éclipsé par les nombreuses concurrences sportives du dimanche et notamment le tournoi Olympique de football, une foule énorme n’en remplissait pas moins les différentes enceintes du Parc des Princes.

 


Sources et bases documentaires : Le quotidien l’AUTO (Internet GALLICA-BNF) et les hebdomadaires MIROIR DES SPORTS et LA PEDALE (fonds personnels des contributeurs) -contribution antérieure de Patrick Police -


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Etude réalisée par François Bonnin (contribution à la marge de Patrick Police) pour le site STAYER FR

 

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Nota : vous pouvez retrouver les palmarès du demi-fond

dans le livre "Le demi-fond, Histoire d'une spécialité du cyclisme " ... à part"" 

disponible aux Editions de Phénicie  http://www.leseditionsdephenicie.fr/fr  ou directement via le site !

 



03/03/2019
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